15 minutes 5 ans

Afin de vous remercier de la meilleure des manières, nous voulions vous offrir une surprise digne de votre fidélité et de vos soutiens réguliers. C’est ainsi que l’équipe Pistons France a eu l’occasion d’interviewer Rod Beard, le journaliste Pistons attitré pour le Detroit News – une référence pour les fans du Michigan.


Pistons France : Merci Rod d’avoir accepté notre invitation. Dans un premier temps, pouvez-vous brièvement vous présenter pour tous les fans français de NBA qui ne vous connaîtraient pas encore. Aujourd’hui, vous travaillez au Detroit News en tant que beat writer mais qu’avez-vous fait auparavant ? En somme, quel est l’historique de votre carrière ? Avez-vous travaillé dans d’autres journaux ?

Rod Beard : Je couvre les Pistons depuis trois saisons pour le Detroit News. Avant cela, je me suis occupé de couvrir l’équipe universitaire de basket du Michigan pendant 5 années et je travaille pour le News depuis 17 ans. J’ai grandi à Detroit et j’ai fait mes études à l’université du Michigan.

P.F. : Généralement, aux Etats-Unis, comment pouvons-nous devenir journaliste sportif, beat writer, insider ou autres métiers similaires ? Et d’un point de vue personnel, quel a été votre parcours universitaire ?

R.B. : Devenir un beat writer n’est pas facile. Cela prend plusieurs années de travail dans de plus petits secteurs (comme le basketball universitaire). Il faut avoir une compréhension claire de la nature complexe de la NBA, du salary cap, des rosters et autres. Construire des relations avec les coachs et joueurs est aussi crucial. Cela m’a pris un certain temps pour construire cela et travailler en tant que NBA beat writer, mais avec les nouveaux médias et les blogs, c’est légèrement plus facile qu’avant.
A l’université du Michigan, j’étudiais la communication (avec une branche journalisme) et l’Anglais, donc j’ai eu beaucoup de connaissances en littérature et aussi en écriture, surtout pour une date limite, ce qui prend sens dans le milieu des journaux. Maintenant, avec l’attention portée pour le web, il n’est plus difficile d’écrire pour une date limite , mais avec les différentes versions des histoires, je me dois d’écrire pour rester à jour.

P.F. : En France, plusieurs personnes ont remarqué qu’habituellement ce sont les journalistes d’ESPN ou de Yahoo Sports, tels que Adrian Wojnarowski ou Shams Charania, qui publient les grosses infos avant tout le monde. Pourquoi les médias locaux ne possèdent-ils pas l’info avant eux ? Par rapport à eux, ne devriez-vous pas être plus proches des franchises que vous couvrez ?

R.B. : Dans certains cas, Woj ou Shams peuvent obtenir des informations de différentes sources. Cela ne vient pas toujours des coachs ou du front office. Cela peut provenir des agents, des joueurs eux-mêmes ou d’autres personnes. Les beat writers ont des relations mais par moment, il faut juste que ces parties aient envie de parler. Pour les trades, nous ne pouvons pas avoir un seul soupçon d’idées avant les journalistes nationaux. Certains coachs et dirigeants seront enclins à parler de certaines choses à certains moments et ne pas en vouloir à d’autres.

P.F. : En tant que beat writer pour les Pistons, pouvez-vous nous expliquer à quoi ressemblent vos journées de travail ? Quand l’équipe joue à l’extérieur, voyagez-vous avec les joueurs et les coachs ou par vos propres moyens ?

R.B. : Pendant la saison, la routine quotidienne inclut essentiellement la lecture des nouvelles de la veille pour rester à jour. Les jours sans match, il y a généralement une séance d’entraînement et après cela, nous obtenons un temps d’entretien avec les coachs et les joueurs. Après cela, il suffit d’écrire les nouvelles de la journée dans un carnet ou une autre analyse.
Les jours de matchs, c’est légèrement différent : il y a le shootaround le matin avec ces mêmes entrevues des joueurs et coachs. Après cela, il y a une conférence de presse d’avant-match dans la salle, à peu près deux heures avant le match. Puis, il y a le match et enfin les réactions d’après-match. C’est généralement une journée assez longue avec tout ce qui se passe, mais parfois il n’y a pas beaucoup de nouvelles, donc c’est juste s’assurer que rien ne soit oublié.
Quand l’équipe est à l’extérieur, je voyage aussi dans ces villes mais pas avec l’équipe dans leur avion privé. Je dois voyager commercialement en faisant mon propre planning de voyage et mes réservations d’hôtels. La même routine de match s’applique à l’extérieur mais cela peut être plus compliqué par moment.

P.F. : Evidemment, vous rencontrez souvent les joueurs et les coachs – peut-être quotidiennement mais entretenez-vous de bonnes relations avec chaque membre de l’équipe ? Sont-ils toujours gentils et ouverts ?

R.B. : Durant cette très longue saison, il y a beaucoup de temps pour construire de bonnes relations avec les joueurs et coachs. Parfois, nous parlons de sujets différents, à la fois sur et en dehors du basket. La plupart des trucs sur lesquels nous parlons concernent juste la philosophie, le contexte ou leurs pensées. Je n’utilise pas toutes les citations ou les interviews, mais cela me donne un aperçu de ce qu’ils pensent et ce qui se passe dans l’équipe.
Ils ne veulent pas toujours parler, donc il faut juste trouver le bon moment pour avoir du contenu et trouver les bonnes histoires à raconter. C’est parfois répétitif, mais il y a de bonnes histoires à découvrir au fur et à mesure que nous apprenons à les connaître davantage. Ils partageront plus d’informations à mesure qu’ils apprendront à connaître chaque journaliste. Les joueurs sont généralement gentils et amicaux.
Au cours d’une saison, ils sont plus stressés et veulent parler certains jours plus que d’autres. La stratégie consiste à sentir cela et à savoir quand parler aux gars. Il faut juste leur donner de l’espace. C’est comme vos collègues – ils ont de bons jours et de mauvais jours. Venir les trouver lors des bons jours permet d’avoir de meilleures histoires, parce qu’ils sont plus disposés à vous parler.

P.F. : Le 29 février dernier, tout le monde fut complètement choqué par le trade de Blake Griffin, comment avez-vous réagi ? Et quelle est votre opinion personnelle concernant cette décision ?

R.B. : Le jour du trade de Blake Griffin, je venais de terminer d’écrire un article pour le jour même et j’avais supposé qu’ils iraient dans une direction différente en termes de trades potentiels. L’histoire avait été écrite entièrement mais quand l’info est tombée, j’ai dû tout recommencer et écrire rapidement sur ce que ce trade signifiait. J’ai eu une source pour me le confirmer et j’ai continué à écrire toute la nuit. Ces journées sont les plus cool parce que tout est inattendu et que c’est quelque chose de nouveau et excitant. Il n’y a pas beaucoup de journées comme cela pendant la saison, mais quand cela se passe, ils sont parmi les meilleures de la saison.
Ce trade est risqué en raison des problèmes de santé de Griffin et de l’engagement financier. Il n’est plus ce qu’il était il y a quelques années, mais il est toujours un bon joueur que les équipes doivent doubler pour défendre en faisant un plan de match autour de lui. Ils ne faisaient pas ça pour Drummond ou Jackson mais désormais, la grande question concerne leur santé et s’il s’agit d’un Big Three viable avec Griffin, Drummond et Jackson.

P.F. : Pour conclure notre entrevue, quels sont tes moments les plus inoubliables en tant que beat writer des Pistons ? En tant que fan NBA ?

R.B. : Les moments les plus inoubliables sont les grandes victoires à l’extérieur, les buzzer-beaters, passer du temps avec les joueurs et les coachs pour obtenir des interviews et la perspicacité d’écrire de bonnes histoires. J’aime voyager, mais parfois ça devient fastidieux. Quand la saison est finie, c’est toujours un soulagement car cela signifie aussi passer du temps avec ma famille et vivre une vie «normale» à l’intersaison. Le fan NBA vient pour observer la progression tout au long de la saison. Il faut donc être capable de poser des questions pour voir pourquoi les coachs font ce qu’ils font et comment les joueurs s’ajustent. J’aime voir les Playoffs, bien que les Pistons n’y soient pas récemment, mais essayer de s’améliorer chaque année fait partie de notre histoire.

Propos recueillis sur Twitter en privé puis traduits par Valentin Feuillette


Cliquez sur les liens suivants pour découvrir le travail fourni de Rod Beard sur les Pistons : Detroit News + Twitter

detroit20news_1

source image : Detroit News

Laisser un commentaire