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La saison des Pistons désormais bien derrière nous, est donc venue l’heure de tirer les conclusions dans les grandes lignes de cette longue et harassante campagne 2018-2019 des Detroit Pistons, entre espérance et désillusion, promesses et déceptions, les fans sont décidément passés par toutes les émotions. La rédaction de Pistons France vous propose donc de résumer les huit derniers mois de compétition sous plusieurs aspects choisis par nos soins; le but étant de définir quel serait l’avenir à envisager. Allez, c’est parti.

La paire Griffin-Drummond

Chez les fans, on attendait beaucoup de la première saison complète de la paire d’intérieurs dominants que sont Blake Griffin et Andre Drummond. La combinaison d’un ailier fort de plus en plus doué dans le jeu au large et dans la création associé à un pivot toujours plus dominant dans la peinture et gourmand au rebond laissait entrevoir de belles promesses et plus d’enthousiasme dans la Motown. Et effectivement, en terme purement numérique, les deux big men nous ont régalé. Rappelons simplement les statistiques : le numéro 23 a tourné cette saison à plus de 24 points, 7 rebonds et 5 passes à des pourcentages très honnêtes, ce qui lui a valu à la clé une place dans la All NBA Third Team, une récompense amplement méritée pour un joueur qui a dû assumer quasiment à lui seul l’animation offensive de Detroit, le tout en amenant ses coéquipiers sur le chemin des Playoffs. Du côté d’Andre Drummond, on est pas mal non plus puisque l’intérieur musculeux au numéro 0 a réalisé une campagne à plus de 15 points, 15.6 rebonds, 1.4 passe accompagnés de 1.7 contre et 1.7 interception. Dre a une fois de plus montré sa domination en terminant meilleur rebondeur de la Ligue pour la deuxième saison consécutive. En outre, il a su gagner en influence en défense, protégeant son arceau avec beaucoup plus d’envie qu’avant, tout en continuant à intercepter sur les lignes de passe dès que l’occasion se présente. Aujourd’hui, il est l’éboueur de luxe en NBA et cette saison 2018-2019 prouve qu’il peut être un lieutenant de plus en plus fiable dans une équipe qui veut gagner. Individuellement donc, Detroit dispose de deux joueurs de talent, en forme, et concentrés sur les tâches qui leur sont confiées sur le terrain.

Malheureusement, si on peut aujourd’hui parler aisément de ces deux intérieurs comme deux gros joueurs à leur poste, on peut en revanche difficilement parler de réel duo. En effet, sauf sur quelques rares séquences, on a rarement pu observer une vraie complicité entre les deux joueurs sur le terrain. En attaque, Dre est très peu utilisé et les responsabilités de la création sont donc très (trop) souvent attribués à Blake Griffin. À l’inverse en défense, on ne peut pas dire que la paire soit une menace pour les intérieurs adverses. En effet, si Drummond a montré une belle progression, Griffin est quant à lui plus concentré sur l’attaque, ce qui le pousse à devoir souvent se reposer en défense dans le but d’être toujours frais et lucide dans l’animation offensive même si on remarque une envie défensive avec de nombreuses charges provoquées (2ème dans le domaine de la Ligue). Ce constat est plutôt décevant puisqu’il y a une réelle possibilité pour que les deux se coordonnent afin de faire de la franchise une équipe poil à gratter des deux côtés du terrain. Malheureusement pour l’instant, Drummond est encore trop frustre en attaque, ce qui oblige Griffin à redoubler d’efforts et donc à délaisser parfois les tâches défensives.

La saison prochaine, il serait judicieux de trouver un terrain d’entente pour pouvoir observer ce duo mener leur équipe durant toute la saison. Il faudrait que Drummond bosse davantage ses fondamentaux offensifs afin de devenir un temps soit peu une menace en attaque, le but étant alors de soulager Blake Griffin en attaque pour que ce dernier puisse davantage peser en défense, ce qui pourrait permettre à Detroit de jouir d’un réel avantage dans la peinture sur le plan défensif. Du calme, cela ne fait qu’un an et demi que les deux potes évoluent ensemble, il y a encore largement de quoi se perfectionner, mais on ne peut pas dire que cette saison 2018-2019 n’ait été ne serait-ce qu’une ébauche d’un possible beau duo à l’avenir.

Reggie Jackson : l’éternelle inconnue

Cette saison, le meneur fou des Pistons est revenu à un niveau plus ou moins intéressant, surtout sur le plan physique. Celui dont le corps n’a cessé de lui jouer des tours au cours des dernières saisons a enfin réussi une campagne complète sans pépin. Le numéro 1 a participé aux 82 rencontres de saison régulière, compilant alors plus de 15 points, plus de 2 rebonds et à peine plus de 4 passes décisives. Des statistiques pas forcément énormes, mais l’important est que le natif de Pordenone a pu jouer de manière régulière tout au long de la saison. Malheureusement, la problématique est toujours la même avec notre bon vieux Reggie : l’irrégularité et l’inconstance qui continuent encore et toujours à faire défaut à tout le collectif. Une fois de plus cette année, Jackson est passé par toutes les dynamiques : Passable en début de saison, absolument horrible début 2019 et jusqu’au match des étoiles puis très enjambes en fin de saison. Avec Reggie, personne ne sait sur quel pied danser, que ce soit le coach, les fans et même ses coéquipiers. Un jour, tout le monde s’accorde pour dire qu’il faut s’en débarrasser, et le lendemain, il nous sort un match à 30 points et 9 passes. Incompréhensible. Son shoot est toujours aussi hasardeux, ses choix offensifs sont de plus en plus douteux, si bien qu’au fur et à mesure de la saison, Ish Smith finissait systématiquement les matchs, ne lui reste que son handle plutôt intéressant et son jeu en pick and roll avec Andre Drummond assez efficace, il faut le reconnaître.

Malheureusement, ses quelques belles performances et son talent certain ne suffisent plus. Cette année, Detroit a retrouvé la postseason, mais on ne peut pas vraiment dire que ce soit parce qu’il ait élevé son niveau de jeu. Reggie Jackson est resté fidèle à lui-même : talentueux mais irrégulier, agressif en attaque mais à l’attitude défensive souvent discutable. En 2018-2019, Reggie s’est contenté de nous faire du Reggie, mais sans les blessures. Aujourd’hui, Detroit est dans une logique de progression permanente maintenant que la franchise est parvenue à retrouver les Playoffs. Il semble par contre difficile d’imaginer le meneur progresser significativement d’ici l’année prochaine. Cette saison, il nous a clairement montré ses limites dans la gestion et les Pistons doivent être conscients que ce dernier ne peut représenter une certitude à la mène pour le futur. Encore une fois, le talent est là, là n’est pas la question, mais le duo Griffin-Drummond aurait bien besoin d’un meneur capable de tenir la balle, faire les bons choix et nourrir la paire intérieure en attaque. Quelqu’un pour faire tourner la boutique en gros, ce que Reggie n’a malheureusement pas su faire cette année.

Dwane Casey : le bénéfice du doute

L’exercice 2018-2019 était en effet la première campagne de Dwane Casey en tant que coach des Detroit Pistons. Arrivé dans la Motown fraîchement auréolé de son titre de Coach of the Year, il avait alors la lourde tâche de récupérer l’effectif de Stan Van Gundy afin de l’emmener en Playoffs. Mission accomplie en terme de résultats. Maintenant, tout n’a pas été rose, loin de là. La saison de Casey a été difficile, éprouvante, harassante, prenez l’adjectif qui vous sied le mieux.

Premièrement, pour parler des bons points, il est clair que Dwane Casey a amené un certain état d’esprit, une envie de gagner, de combattre, de ne rien lâcher. Souvent, cette discipline et cette rigueur a mené les Pistons à de belles victoires, parfois face à des adversaires plus forts dans jeu et sur le papier. Souvent, certains joueurs ont su se surpasser pour le bien du collectif. Cette année, on a senti que les joueurs avaient cette volonté de se battre pour leur coach, de le suivre, de lui faire confiance. On a senti une belle osmose entre les joueurs et le coach, ce qui manquait cruellement sous l’ère Van Gundy. Même en Playoffs, Detroit a su faire par séquence bonne figure face à Milwaukee en terme de combativité et d’état d’esprit. De plus, Casey a su réitérer à minima ce qu’il avait réussi à entreprendre durant sa période Raptors : le développement des jeunes. Hormis Stanley Johnson qui arrivait quant à lui à la fin d’un cycle à Detroit, Casey a su responsabiliser davantage Luke Kennard à la création et en lui attribuant davantage de tickets shoot (notamment en Playoffs), il a permis en outre au rookie Bruce Brown pourtant promis à première vue à un avenir difficile en NBA de réaliser une saison somme toute honorable, notamment en défense et dans le hustle. Enfin, il a donné quelques cartouches à Thon Maker dès son arrivée en lui attribuant un rôle défensif et de facilitateur de jeu en attaque. Casey est réellement le type d’entraîneur qui cherche à tirer le meilleur de chacun de ses joueurs. Il tente de ne laisser personne sur la touche n’a pas peur d’expérimenter, de tester ses joueurs, leur donner de quoi s’exprimer. Et cela, peu importe le résultat, c’est toujours un bon point.

Maintenant, parlons des choses qui fâchent, forcément. En terme de coaching pur, Casey y a laissé des plumes. L’équipe a trop souvent été prévisible, sans idée. Casey s’est beaucoup trop contenté de s’appuyer sur des isolations pour Blake Griffin, il n’a jamais réellement cherché à inclure Drummond dans le jeu d’attaque et le tir de loin a été trop souvent la solution, même quand l’adresse n’était pas au rendez-vous. Cette année, les Pistons étaient loin d’être l’équipe la plus biffante à regarder, pas vraiment efficace en défense, faible en attaque. Les matchs références ont été trop rares, si bien qu’à l’issue de cette saison, on a encore l’impression que Detroit a toujours le même problème, celui de devoir se trouver une identité de jeu distincte. Certes, l’effectif dont dispose Dwane Casey n’a pas été construit par lui, mais un grand coach doit savoir s’ajuster. En fin de saison, lorsque Griffin a dû s’absenter à cause d’une blessure au genou, aucun ajustement n’a été réalisé au niveau du coaching, si bien que Detroit est passée très proche de la catastrophe en se qualifiant pour les Playoffs seulement au dernier match après un enchaînement de défaites. Blake Griffin a été à maintes reprises le cache-misère d’une équipe sans fond de jeu, ne tenant dans les matchs qu’avec l’envie et le courage.

Casey a donc encore beaucoup de pain sur la planche. Qui sait durant l’été, les Pistons feront (ou pas) quelques moves sur le marché pour adapter l’effectif aux idées du coach. Si c’est le cas, l’ancien des Raptors n’aura plus d’excuse et devra proposer une vraie conception du jeu et non plus demander à Blake Griffin et Andre Drummond de devoir se surpasser des deux côtés du terrain pour pouvoir espérer gagner suffisamment de matchs pour atteindre les Playoffs. Allez Dwane, on te fait confiance, fais-nous rêver.

Et la suite ?

La paire Griffin-Drummond, Reggie Jackson, Dwane Casey et tous les autres c’est bien beau, mais ce qui est passé est passé. Il faut désormais regarder vers l’avant et continuer de progresser. Cette année, Detroit a retrouvé les Playoffs, mais ce retour en postseason ne doit être que le début d’un projet destiné à ramener la franchise constamment parmi la première moitié de l’Est. Blake Griffin doit continuer de renforcer son leadership, Andre Drummond ne doit plus se contenter d’être un gobeur de rebonds exclusif tandis que Dwane Casey doit faire en sorte de construire un effectif et de le faire jouer d’une manière précise afin d’amener une nouvelle réelle identité.

Comme nous le savons tous, Detroit souffre d’un manque cruel de talent sur le back-court et à l’aile. Reggie Jackson,  Bruce Brown et Wayne Ellington/Reggie Bullock ont su nous gratifier de belles performances, mais soyons honnêtes, aucun de ces quatre n’a réellement l’allure d’un titulaire solide en NBA aujourd’hui. Lors de la prochaine Draft en juin, les Pistons auront la possibilité de sélectionner un joueur en quinzième position, un spot pas inintéressant, surtout quand on observe la flopée d’ailiers disponibles. En effet, même si les postes 1 et 2 sont globalement faibles, le poste 3 reste le principal rôle à pourvoir à Detroit, plus que n’importe quel autre. Romeo Langford, Nassir Little, Kevin Porter Jr, KZ Okpala, Grant Williams voire même Sekou Doumbouya, y a du monde au portillon. Detroit a besoin de shooting et de défense. La franchise doit choisir un joueur avec un potentiel de titulaire en NBA, donc cette Draft risque d’être un tournant important dans le futur projet Pistons.

Pour l’exercice 2019-2020, Detroit est quelque peu bloquée à cause du contrat conséquent et intransférable de Reggie Jackson (le meneur touchera pas moins de 18 millions de dollars la saison prochaine). Or, dès lors que la franchise se libérera de ce dernier, elle pourra éventuellement être agressive sur la free agency 2020 et si elle arrive à drafter un ailier de qualité dès cet été, le projet que pourrait proposer les Pistons à l’été 2020 pourrait être attirant (surtout si l’équipe parvient à atteindre une fois de plus les Playoffs à l’issue de la prochaine saison régulière). Bien sûr, tout ceci n’est pour le moment que projection et supposition, mais la franchise a l’opportunité de s’améliorer significativement à court terme et elle doit absolument faire en sorte d’y parvenir pour pouvoir poursuivre sa progression en terme de résultats.

Bref, beaucoup de travail reste à faire pour Detroit, mais retenons de cette saison 2018-2019 le fameux retour en Playoffs qui était l’objectif principal, un objectif atteint. Or, cela ne doit être que le début d’un processus destiné à ramener la franchise au standing qu’elle mérite, c’est à dire parmi les franchises références de la Conférence Est. Mais avec patience, travail et persévérance, tout est possible.

source image : AP

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