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Avec une actualité NBA qui commence à se calmer, il faut bien combler cette attente insoutenable avant la reprise. Pour cette raison, la rédaction de Pistons France vous proposera au fil de l’été quelques surprises sur le site afin de vous remercier pour votre fidélité et votre activité.

Il y a quelques semaines, on publiait une interview de Benoist Burguet, le tout premier coach de Sekou Doumbouya lorsqu’il a commencé le basket-ball. Aujourd’hui, nous partons à la rencontre de Bernard Condevaux, le director of medicine des Pistons qui répond à nos questions.

Pistons France : Bonjour Bernard ! Merci d’avoir accepté notre entrevue. Dans un premier temps, pouvez-vous présenter rapidement pour toutes les personnes qui ne vous connaîtraient pas ? Qui êtes-vous, que faites-vous ? Faites-nous un bref résumé de votre carrière.

Bernard Condevaux : C’est un plaisir de parler avec vous et avec tous les fans des Pistons en France! Je m’appelle Bernard Condevaux et je suis kinésithérapeute du sport depuis plus de 30 ans. Je suis originaire de Detroit, ce travail est donc un retour à mes racines, au sein d’une équipe avec laquelle j’ai grandi et soutenu! Avant de venir chez les Pistons, j’ai vécu et travaillé en Colorado. Je dirigeais une grande clinique de thérapie et j’avais été consultant auprès des équipes professionnelles de baseball et de hockey. Mon sport principal au cours des 25 dernières années était le cyclisme. J’ai travaillé avec l’équipe nationale Américaine aux championnats du monde, aux Jeux Panaméricains et aux Jeux Olympiques, ainsi qu’avec l’équipe Belge QuickStep quand ils ont couru en Amérique du Nord. En fait, j’ai travaillé avec l’équipe nationale Française de VTT aux championnats du monde au Colorado et avec le champion du monde de descente à 10 reprises, Nicolas Vouilloz, pendant deux saisons. Venir aux Pistons est une chance de mettre toute mon expérience de sport et de réadaptation à utiliser dans un environnement différent.

P.F. : En quoi consiste le métier de Director of Sports Medicine au sein d’une équipe ? Pouvez-vous nous expliquer votre routine quotidienne et votre rôle dans la franchise ?

B.C. : Dans mon travail, je suis responsable des aspects médicaux, physiques, de la force et de la performance des joueurs. Je suis chanceux de pouvoir compter sur une excellente équipe: Jim Scholler (notre entraîneur principal), Trent Salo (notre directeur de la performance), Jordan Sabourin et Louis Thompson (notre personnel de conditionnement physique), Pete Elliott (notre entraîneur adjoint), ainsi que le Dr Bill Moutzouros, le Dr Ramsey Shehab et Alex Garland, entraîneur sportif, tous issus de notre alliance avec Henry Ford Health Systems. Nous avons également des psychologues, des nutritionnistes et d’autres que nous utilisons pour donner à nos joueurs les meilleurs soins possibles. Je dis toujours (et je crois) que notre équipe est plus forte que nous ne le sommes individuellement et j’encourage la collaboration au sein de notre équipe. Ma routine quotidienne consiste à vérifier auprès des joueurs et du personnel, à soigner toute blessure, à faire des recommandations au personnel des coaches sur les limites de jeu ou de pratique et à tenir nos Front Office informés de toute préoccupation. Il y a beaucoup plus de choses mais c’est une description de base. Les jours de match, on prépare les joueurs avant l’entraînement et les matchs, puis je m’assieds derrière le banc pendant le match. Si un joueur doit quitter le terrain, je l’accompagne, évite toute blessure, détermine s’il peut retourner au jeu (avec Jim, Pete et les médecins) et informe immédiatement les coaches et le Front Office.

P.F. : Cela fait désormais un an que vous êtes dans le staff de Detroit avec notamment Arnie Kander considéré comme une véritable légende du métier ? Que cela vous fait de le côtoyer si souvent ?

B.C. : En fait, je suis allé à l’école de physiothérapie avec Arnie et on a parlé à l’occasion au fil des ans. Je suis bien conscient de son statut avec les Pistons et la NBA! Il avait une vision de la façon dont l’équipe médicale Pistons pourrait mieux fonctionner et pensait qu’une personne extérieure à la NBA pourrait être avantageuse. En fait, je regardais le Tour de France l’année dernière lorsque j’ai reçu un appel me demandant si j’avais intérêt à parler aux Pistons de cette position! C’est Arnie qui m’a recommandé. Il est actuellement consultant auprès de l’équipe, il n’est donc pas avec nous tous les jours. Il propose des idées et des suggestions basė sur son expérience, et des visites périodiques pour observer, parler au personnel, aux coaches, aux Front Office et aux joueurs. Le soin du joueur est avec mon équipe et moi … Arnie offre des suggestions comme requis. On est vraiment chanceux de l’avoir comme ressource!

P.F. : Vous travaillez aussi avec Jim Scholler (head athletic trainer) : quelles sont les différences entre votre métier et le sien ? J’imagine que vous vous complétez en formant un duo solide ?

B.C. : Jim et moi sommes très forts et j’ai beaucoup de respect pour lui. Il a passé 10 ans avec les Grizzlies de Memphis, mais il est aussi originaire du Michigan! Il a été et reste un allié et une ressource formidables pour moi et il est essentiel à notre succès. Son rôle est plus aigu: immédiatement après une blessure, s’occuper des premiers soins, puis me les envoyer dans le vestiaire (à moins qu’ils n’aient besoin d’aller à l’hôpital). Il est très organisé et s’assure que on a tout ce dont on a besoin lors de voyages ou de camps, et on travaille avec notre équipe pour fournir des soins. On rigole souvent qu’il est le mec le plus grincheux et sérieux et que je suis le plus heureux et souriant, mais c’est en fait un mec très amusant, et il a une femme et un fils formidables.

P.F. : Quelles sont les relations que vous entretenez avec les joueurs et le staff technique (Dwane Casey, Sean Sweaney, Sidney Lowe…) ?

B.C. : Mon équipe et moi avons de bonnes relations avec les coaches. Je dois souvent donner de mauvaises nouvelles à Coach Casey si un joueur est limité ou ne peut pas jouer, ce qu’il n’apprécie pas toujours, mais qu’il comprend. On se respecte l’un et l’autre, et il va oublier plus de basket que je ne saurai jamais! J’ai beaucoup de respect pour lui et c’est un homme très bon. Tous les coaches de Sid, Micah Nori, Sean et les entraîneurs de développement sont des gens formidables, qui connaissent très bien le basket et la façon de s’améliorer. Ils m’ont beaucoup aidé en m’enseignant des éléments du jeu qui aideront à récupérer les joueurs. Je me sens chanceux de pouvoir compter sur d’excellents joueurs. Mon équipe et moi entretenons de très bonnes relations avec eux. Les joueurs savent que nous nous soucions d’eux et de leur santé, au-delà du jeu, et ils ont confiance à cause de cela.

P.F. : Après avoir connu deux saisons marquées par les blessures, Reggie Jackson a joué l’intégralité des matchs l’année dernière ? Quelle a été votre méthode pour qu’il se remette parfaitement de ses blessures ?

B.C. : Reggie a non seulement joué à chaque match, mais a été l’un des sept joueurs à commencer chaque match! C’est un énorme accomplissement! Arnie a travaillé avec Reggie avant la saison sur la nutrition et la modification de sa préparation. Reggie et moi-même avons mis au point une routine pour nous assurer que son corps était bien préparé avant chaque match et chaque pratique. On a tous joué un rôle: Trent avec une activation adéquate, Jordan et Louis avec un entraînement en force basé sur nos recommandations et nous nous sommes tous assurés que son corps était correctement entretenu. Plus important encore, Reggie a travaillé avec diligence et a fait tout son possible pour être à son meilleur. Il suivait les instructions et les recommandations et était un professionnel absolu prenant soin de lui-même. Il mérite vraiment ce qu’il a accompli et je suis impatient de voir comment il se débrouillera après une saison d’entraînement hors de saison plutôt que de rééducation!

P.F. : Derrick Rose, Tim Frazier, Markieff Morris… Que pensez-vous du recrutement estival des Pistons d’un point de vue basket mais aussi médical ? Allez-vous préparer un plan cet été notamment pour la santé de Rose ?

B.C. : Avec tout nouveau joueur, on examine son histoire, lui parlons de ce qui, à son avis, a bien fonctionné et de ce qui ne l’a pas été. On travaille en équipe: le joueur, mon équipe, les médecins, l’agent si nécessaire, et proposons un planifier pour mieux préparer la saison. En tant qu’équipe médicale et de performance, on n’a qu’une année ensemble, mais on croit que notre approche a été efficace et qu’on va appuyer sur celle-ci pour devenir meilleurs pour les joueurs et l’organisation Pistons.

P.F. : Vous avez fait partie du staff de la Team USA aux Jeux Olympiques 2004, 2008 et 2012, quel a été votre ressenti, cela a dû être des moments incroyables pour vous ?

B.C. : Les Jeux Olympiques étaient un de mes rêves depuis que je suis jeune! J’ai eu tellement de moments incroyables: rencontrer le président Bush, participer à des performances médaillées, rencontrer des athlètes incroyables comme Michael Phelps, l’équipe de football féminin des États-Unis, Kobe, LeBron et d’autres. Avoir eu la chance d’aller à des événements extérieurs au nôtre était également formidable: j’ai regardé les équipes Américaines de basket masculines et féminines et j’ai regardé le match de la médaille d’or de football féminin contre le Brésil en Chine. Les meilleurs moments ont été lors de la cérémonie d’ouverture à Beijing et d’entendre la foule applaudir et se sentir si émue de représenter mon pays et de rester avec toutes les nations. Les cérémonies de clôture d’Athènes, de Beijing et de Londres ont également été extraordinaires, car on n’est pas entrés aux États-Unis, mais en tant que famille Olympique, toutes les nations se sont séparées les unes des autres. C’étaient les meilleurs moments … et étant donné que je suis allé à Londres une semaine après avoir terminé mon traitement contre le cancer, cette cérémonie a peut-être été la plus importante!

P.F. : A la Draft, les Pistons ont choisi Sekou Doumbouya. Comment avez-vous réagi à ce choix, vous qui parlez le français ? Avez-vous déjà eu l’occasion de le rencontrer et discuter avec lui ?

B.C. : J’étais surpris et excité lorsque on a choisi Sekou! Honnêtement, on ne pensait pas que c’était possible car on pensait qu’il serait choisi plus tôt. J’ai parlé avec Sékou le jour de sa conférence de presse et maintenant je reste près de lui à l’entraînement pour traduire ou expliquer si nécessaire. Il parle bien Anglais et je pense que c’est confortable pour lui de pouvoir parler français avec moi. On rit que on a une alliance maintenant! Je pense que le front office et coaches ont été surpris que je parle réellement Français! C’était amusant d’échanger en Français avec Sekou … ça me permet de pratiquer la langue, ce qui m’aide. C’est un mec très sympa, très engageant et drôle, et aussi jeune! Je suis excité de le voir évoluer en NBA!

P.F. : Et pour finir, vous parlez français et votre nom sonne assez francophone : quels sont vos liens avec la France et la francophonie ?

B.C. : Je suis en fait la première personne de ma famille née aux États-Unis. Mes deux parents sont Français, de l’Haute-Savoie…Annemasse et Burdignin, près de Boëge, en Rhône-Alpes. Ma sœur est née en France, mon frère au Québec, ma plus jeune sœur et moi-même à Detroit. Ma mère est toujours Française et j’ai donc été recrutée par l’armée (mais j’ai reçu ma carte d’exemption parce-que je vivais aux États-Unis!) Ma femme et mes filles ont des noms Française (Dominique, Céline et Marcelle). Mon premier chien a été nommé d’après Pascal Lino. Tous mes cousins sont toujours en France; ma cousine Anne-Laure a couru le ski de fond pour la France aux Jeux Olympiques de Nagano et un autre cousin, Alexei, fait partie des moniteurs de ski nationaux et a déjà participé aux étapes du Tour avant la course! Je suis fier d’avoir l’héritage Français et Savoyard. J’apprécie toujours de revenir et de visiter, et j’espère que les Pistons joueront là pendant que je fais partie de l’équipe.

source image : Detroit News

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