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En ce début de saison morose et pauvre en terme de jeu produit, un joueur a su tout de même montrer des signes de progression certains en la personne de Bruce Brown Jr. Défenseur exclusif lors de sa saison de rookie l’année passée, le natif de Boston prend de plus en plus de place et d’initiatives dans le roster des Pistons. Mais quel type de joueur doit devenir Brown ? C’est la question que se pose aujourd’hui Pistons France

Un pitbull défensif avant tout

Avant de faire des suppositions, précisons tout de même une chose importante : Bruce Brown Jr est et restera avant tout un joueur à vocation défensive. C’est avec cette étiquette qu’il est arrivé en NBA et c’est toujours le point principal de son jeu et ce pour quoi il est utilisé. Lors de son année de rookie, il a été pour beaucoup de fans des Pistons le chouchou de l’équipe car son abnégation et son courage tendaient à rappeler l’esprit de Detroit si cher aux yeux de tous. Même si son apport statistique restait famélique la saison passée avec à peine 4 points, un peu plus de 2 rebonds et 1 passe, l’impression visuelle qui s’en dégageait et l’apport défensif important qu’il amenait à l’équipe mettaient souvent les Pistons dans de bonnes conditions lors des matchs. Si on voulait surcoter notre bon Bruce Brown Jr la saison passée, on pourrait dire que c’était un Patrick Beverley du pauvre dans l’impact défensif car oui, l’arrière des Pistons est un peu dans cette veine là. Pas forcément un énorme intercepteur mais un vrai pitbull : actif, énergique, collant, il est ce genre de défenseur qui reste devant vous, vous harcèle, conteste toutes vos tentatives de tirs et ce du début à la fin. Certes, on est encore loin de l’influence que peut avoir le meneur des Clippers sur un match mais l’envie et la détermination y sont déjà.

Du coup, après une première saison convaincante pour un 42ème choix de Draft, Dwane Casey et même les fans des Pistons en général étaient en droit d’imaginer une progression pour sa deuxième saison dans la Grande Ligue. Pendant la pré-saison, il a pu compter sur le soutien de son coach qui a assuré vouloir continuer à faire confiance à son poulain mais également à certains de ses coéquipiers comme Derrick Rose par exemple. De ce fait, une petite pression était tout de même sur les épaules de Brown. Une pression saine certes, mais une pression tout de même. Et autant dire que le joueur est plutôt en train de confirmer. Alors que l’on attendait forcément de lui un plus gros impact offensif pour pouvoir s’installer encore plus sérieusement dans la rotation, le sophomore de 23 ans démontre qu’il est capable d’apporter en attaque. Déjà, la progression y est au niveau des moyennes statistiques : 7.2 points, 4.2 rebonds, 3.2 passes et 1 interception de moyenne. Cela reste assez faible pour un joueur dont la place dans le cinq majeur a été confortée par le coach, mais l’impact défensif est toujours aussi présent et mine de rien, la progression en attaque est tout de même là. Une évolution évidente à voir, mais pas dans le domaine dans lequel on imaginait. En effet, lorsque tout le monde s’attendait à une progression dans le tir extérieur, Bruce Brown Jr a surpris tout son monde en démontrant des qualités de playmaking, de finition au cercle et de passing tandis que sa fiabilité a reste pour l’instant encore au point mort. Du coup, celui qu’on pensait évoluer vers un arrière 3-and-D est en train de se muer en meneur passeur défensif. Et c’est en observant ce début de saison aussi surprenant qu’agréable que Pistons France s’est posée légitimement la question : Quel type de joueur doit devenir Bruce Brown Jr ? Devant cette question, deux réponses s’offrent à nous.

Un arrière 3-and-D type Avery Bradley

Avant d’émettre des expectatives, précisons que cet article pour but d’imaginer Bruce Brown Jr à terme. Bien sûr, il est difficile d’imaginer le numéro 6 des Pistons devenir aussi performant qu’Avery Bradley d’ici la fin de la saison mais l’objectif est bel et bien de tenter de définir quel type de joueur il sera lorsqu’il aura atteint son plafond, c’est-à-dire d’ici quatre ou cinq ans.

Après ce petit aparté, entrons dans le vif du sujet. Pour ce premier élément de réponse, imaginons que Bruce Brown Jr doit devenir un arrière 3-and-D dans le futur. Les partisans de ce type d’évolution ont tout de même pas mal d’arguments à fournir. Le premier argument est l’évolution actuelle de la NBA. Aujourd’hui, le type de joueur shooteur défenseur est archi-dominant et très demandé par toutes les franchises. De ce fait, envisager une progression dans ce sens semble être plus logique, que ce soit pour la carrière du joueur mais aussi pour les besoins du jeu NBA. De plus, dans le cas de Bruce Brown Jr qui évolue dans une franchise avec à sa tête un coach défensif et qui ne jure quasiment que par le tir de loin en attaque, il paraît évident que ce que les Pistons ont le plus besoin est d’un shooteur défenseur au poste d’arrière. Or jusqu’à maintenant, on ne peut pas dire que l’ancien pensionnaire de l’université des Hurricanes de Miami ait vraiment axé son travail sur cet aspect. Depuis le début de la saison, il a pour l’instant un pourcentage de loin à peine plus élevé que l’année passée avec 29.4% contre 26.4% en 2018-19. Certes le volume de tirs tentés est très faible avec à peine plus d’un tir par match mais la réalité est qu’il rate quasi systématiquement le peu de shoots qu’il tente et qu’il ne prend souvent même pas la peine de tirer lorsqu’il est ouvert, préférant aller au cercle ou donner à un coéquipier plus adroit même si moins bien placé. Nous sommes donc clairement sur un blocage technique et mental en terme de tir extérieur pour Bruce Brown Jr, un blocage qui porte préjudice à lui-même mais également à l’équipe qui se voit contraint de compter dans ses rangs un joueur incapable de tirer de loin alors que le jeu offensif est en grande partie tourné là-dessus. Doit-il alors tant bien que mal travailler son tir pour se rendre plus efficace dans le système Pistons ? La réponse est un grand oui et même au-delà de cela, même si il ne deviendra probablement jamais un shooteur, un extérieur sans tir dans la NBA actuelle est de toutes façons un handicap. La comparaison avec Avery Bradley semble assez intéressante puisque l’actuel joueur des Lakers est passé plus ou moins par le même chemin en début de carrière. Bon défenseur et piètre shooteur à son arrivée dans la Ligue, il a su se faire violence chez les Celtics pour se muer en gros défenseur capable de rentrer ses tirs au point d’en devenir au final un joueur important à Boston. Et aujourd’hui voyez où il en est : un membre du cinq majeur d’une équipe des Lakers taillée pour le titre. Cela devrait donner des idées à Bruce Brown Jr qui doit être conscient qu’il pourrait devenir un joueur solide de NBA si son tir extérieur venait à devenir une arme dans les années à venir. Pourtant, ce n’est pas le chemin que prend Brown en ce début de saison puisqu’en l’absence des meneurs sur blessure, le joueur a dû dépanner au poste de meneur, un rôle qu’il a finalement pris au sérieux car il a su tirer son épingle du jeu, ce qui nous amène à notre deuxième élément de réponse : Bruce Brown Jr le potentiel meneur passeur défensif.

Un meneur polyvalent type Elfrid Payton

Voilà une expectative un peu plus en phase avec la situation actuelle. En effet, Bruce Brown Jr et son jeu se dirigent beaucoup plus vers un poste de meneur passeur fort défensivement plutôt qu’un arrière 3-and-D comme évoqué plus haut. Depuis le début de l’exercice 2019-20, à chaque fois que Bruce Brown a été responsabilisé avec beaucoup de minutes, il a eu cette propension à remonter le ballon, jouer les pick and roll, servir le joueur libre, tout en étant actif en défense. Certes, ce rôle qui lui a été attribué n’est que la conséquence des absences répétées sur le poste de meneur, mais le joueur a tout de même su relever le défi à plusieurs reprises : face aux Nets lors de l’une des plus belles prestations collectives de l’équipe, il a été l’un des grands artisans avec 22 points et 7 passes. Deux jours plus tard, dans la fâcheuse défaite face aux Wizards, le numéro 6 a été l’une des seules satisfactions du match côté Pistons avec 14 points, 7 passes, 7 rebonds, 3 contres et 2 interceptions, une ligne de stats d’un joueur all-around qui peut faire penser à Elfrid Payton dans les grands soirs. Pour donner un dernier exemple, dans la débâcle face à Miami, le Piston a compilé 3 petits points mais accompagnés de 7 rebonds et 11 assists, son record en carrière à la passe. Ces statistiques sont évidemment le témoin d’un joueur all-around capable de faire jouer ses coéquipiers, prendre des rebonds grâce à ses bonnes défenses et de scorer un peu sur quelques fulgurances même si cela reste très irrégulier et à développer. En tout cas, l’impression visuelle est très satisfaisante et même si on est encore à l’étape de l’échantillon, Bruce Brown Jr a été capable de montrer un nouvel aspect de son jeu qu’il avait commencé à dévoiler lors de la pré-saison où il avait réussi un triple-double. Plus haut, nous avons expliqué que le système Casey raffole de joueurs 3-and-D mais à Detroit, il manque encore et toujours un meneur gestionnaire de qualité qui est un profil utile dans tous les systèmes et de tout temps au basket-ball. Et si finalement à terme Bruce Brown Jr abandonnait définitivement son poste d’arrière pour s’installer au poste de meneur ? La question n’est pas honteuse à poser. Du haut de ses 1m93 et de ses 91kg, il aurait le coffre pour défendre tout type de meneur ou presque et pourrait attaquer le cercle sur bon nombre de postes 1 en attaque. Du coup, serait-il déconnant d’envisager pour lui un futur en tant que meneur playmaker axé davantage sur le slashing quitte à délaisser un peu le tir ? Pourquoi pas. Les mensurations physiques semblent jouer pour lui et au fur et à mesure des années, son corps deviendra logiquement plus robuste, ce qui lui permettra de mieux encaisser les contacts en défense et d’être potentiellement plus fort dans la finition au cercle, si tant est qu’il bosse son toucher. En outre, il est encore aujourd’hui loin d’être un expert du ball-handling mais son dribble est suffisamment correct pour passer son vis-à-vis après un écran ou en situation de un contre un grâce à son explosivité. Ce paramètre est encore à perfectionner mais cette année, avec ses deux copains Derrick Rose et Reggie Jackson tous les jours au practice, il y a moyen de progresser bien comme il faut en terme de skills et de changement de rythme en dribble. De plus, il est un joueur doté d’une bonne rapidité, ce qui pourrait tout à fait convenir dans un jeu en transition si à terme il devait s’installer au poste 1 et dont le rôle serait donc de monter le ballon. Encore une fois il faudra bien entendu travailler le QI offensif mais Bruce a encore énormément de marge de progression et a déjà démontré de belles choses en ce début de saison avec peu de ballons perdus et des décisions plutôt bonnes sur demi-terrain et en contre-attaque. Du coup, il semble évident que Bruce Brown Jr a montré une belle ébauche d’un joueur capable de devenir un meneur plutôt athlétique capable de contribuer des deux côtés du terrain et dans les stats un peu dans le style Elfrid Payton : capable de faire pas mal de choses sur un parquet, défendre correctement et claquer un triple double dans les grands soirs, après tout ce serait déjà pas si mal non ? Le futur nous dira en tout cas vers quels domaines de jeu Bruce Brown se dirigera pour progresser, mais le potentiel est bel et bien là compte tenu de ce qu’on a pu voir jusqu’à maintenant.

Au final, envisager Bruce Brown Jr en tant que meneur semble être également une bonne chose car cela lui permettrait d’avoir un plus gros impact dans le jeu, avoir plus de responsabilités tout en exploitant et en développant ses qualités naturelles. En effet, le profil 3-and-D est peut-être plus intéressant de nos jours mais pour ce type de joueur, décider de devenir qu’un shooteur défenseur serait mettre un frein à ce qu’il sait faire d’autres sur un terrain afin de devenir qu’un pur spécialiste. Ce qui est sûr, pour donner un peu de grain à moudre à ceux qui veulent l’envisager comme un shooteur à terme, il va falloir dans tous les cas être plus efficace au tir car cela reste pour l’instant trop faible. Or, s’il continue sur la lancée de son début de saison en terme de playmaking, peut-être que se contenter d’une efficacité moyenne au tir peut lui suffire pour s’imposer en NBA. De toutes façons, sa progression dépendra surtout des coachs qu’il va rencontrer au cours de sa carrière et de sa propre détermination. Dans tous les cas, espérons que ce sera aux Pistons qu’il atteindra son plafond, car le feu de Detroit brûle en lui.

source image : Getty

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