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Un peu moins d’une semaine après le départ d’Andre Drummond au terme d’un trade des plus douteux avec Cleveland, la rédaction de Pistons France était abasourdie devant ce mépris à l’égard de celui qui aura été le visage des Pistons pendant de nombreuses années. L’occasion est donc appropriée pour rendre à notre Andre Drummond l’hommage et le respect qu’il mérite. Elle est pour toi celle-là, mon gros pingouin.

Déjà, précisons que cet article sera écrit à la première personne du singulier. La raison ? Et bien parce que lorsqu’on parle du départ de Drummond. L’analyse simple ou le bilan froid de ses huit années passées sous le maillot des Pistons ne serait que trop peu suffisant. Dre à Detroit, c’est toute une histoire, donc à défaut de parler uniquement de jeu, de qualités et de défauts, on parlera ici de ressenti global, de MON ressenti global sur ce que représente ce joueur pour moi.

Pour la plupart de notre communauté NBA, le changement de tunique de l’emblématique numéro 0 des Pistons n’est qu’une chose logique compte tenu de l’échec des Pistons dont il a été le symbole dans la décennie 2010. Ce constat est bien sûr loin d’être inexact mais lorsque les sentiments s’en mêlent, on a toujours du mal à l’accepter. Pour moi, fan des Pistons de la première heure et amoureux de ce joueur, c’est une époque qui s’arrête, une étape de ma vie de fan, le deuil d’une ère pour laquelle je suis resté éveillé des nuits et des nuits entières. Andre Drummond, c’était celui qui me rassurait et celui qui m’énervait. D’un soir à l’autre, je pouvais passer de l’extase la plus jouissive à la déception la plus amère grâce ou à cause de lui. Mais c’est cela qui le rendait si spécial. Drummond, c’était tout et le contraire de tout chez les Pistons. Il était celui qui pouvait te faire gagner des matchs à lui tout seul grâce à sa domination sans pareille dans la raquette mais aussi celui capable de te faire perdre par son body language fatiguant et son manque de concentration chronique. Chaque match, on jouait à pile ou face. Je me souviens de soirée où je parlais avec Val en lui disant : « Quel match il nous fait Dre ! » puis à peine le surlendemain : « Mais qu’est ce qu’il est soûlant quand il est comme ça Drummond… » Vous autres fans d’autres franchises qui ne regardaient sûrement pas beaucoup les Pistons ces dernières années (et ça se comprend) ne se rendent peut-être pas bien compte de ce que je suis en train de dire, mais nous, la Pistons Nation, on sait de quoi on parle. Le regarder faire des 20-20 à la pelle et ne pas gagner pour autant, ça c’était lui.

Au-delà de ce que nous avons pu ressentir en le regardant, j’aimerais revenir tout de même sur ce que lui-même devait penser année après année sous le maillot de Detroit à végéter dans le ventre mou de l’Est. Il y a dû y avoir de la frustration, de la déception, de la colère, du dégoût et même une bonne dose de ras-le-bol parfois. Et pourtant, il était là, sur le terrain, et il jouait. Oui, Andre Drummond n’a jamais triché. Il n’a jamais feint une blessure, ni même fait un seul commentaire de travers vis-à-vis de son front office pendant presque huit ans, HUIT ANS. Souvent, on a tendance à louer – et à juste titre – ceux qui gagnent, qui dominent, qui vont en Playoffs et à qui tout réussit. Mais qu’est ce que l’on pense de ceux qui échouent mais qui malgré tout restent là où ils sont, se battent en silence sans jamais être récompensé ? Deux campagnes de Playoffs pour deux sweeps au premier tour, voilà le parcours d’Andre en postseason. Pour autant ce soir, c’est à eux que je veux rendre hommage par son biais. En effet, je saluerai à vie le dévouement, le professionnalisme et la transparence qu’a pu montrer le pivot à Detroit. Pendant 82 matchs, et ce chaque année, il descendait sur le terrain pour défendre les couleurs de la franchise qui l’a drafté en 2012. Et il a sué sang et eau. Pour rien au final me direz-vous puisque les Pistons ont fait que dalle collectivement avec lui dans le roster, mais il était là, il jouait et se taisait. Avec ses qualités et ses défauts oui, mais mon dieu qu’il s’est donné pour ce maillot. Et à Detroit, on sait saluer ce genre de choses.

Detroit, parlons-en justement. Car si il a été le visage de la franchise de basket-ball ces dernières années, il faut savoir que Drummond s’est également beaucoup investi auprès des communautés de la ville de Detroit. Lui qui est originaire de l’état de New York, il a su se faire adopter et apprécier dans le Michigan. En effet, le côté humain d’Andre Drummond est souvent occulté. On a vite fait de le décrire comme un gros nounours et une usine à fabriquer des memes avec ses expressions de visage et son déhanché de gros popotin. En vérité, il a été un leader silencieux et jovial chez les Pistons. Un leader à sa manière. Pas un leader qui tire les autres vers le haut à la Kobe ou à la LeBron, mais un grand frère toujours prêt à accueillir les petits nouveaux. Il était là à la présentation de notre Sekou national, il a tout fait pour créer du lien avec Blake Griffin à son arrivée, sans oublier l’amitié indéfectible qu’il a noué avec notre bon vieux Reggie Jackson. Andre, c’était le bon vivant, le souriant qui t’invitait dans la maison Pistons, et ça le rendait encore plus attachant. Au fond de moi, je savais qu’on ne pouvait pas progresser avec lui, mais je nourrissais sans cesse l’espoir que le front office puisse l’entourer comme il faut pour retrouver le sourire dans nos résultats sans devoir pour autant perdre mon Drummond adoré.

Mais ce ne fut jamais le cas. Jamais un meneur digne de ce nom n’a débarqué dans le Michigan pour exploiter au mieux les qualités du numéro 0. La connexion présumée avec Griffin n’a jamais eu lieu, et le duo avec Jackson aura été aussi bon que mauvais suivant les années. Dans tout cela, Drummond a forcément sa part de responsabilité. Pas forcément un assez gros bosseur, Dre est resté à Detroit qu’un talent brut qui n’a jamais su atteindre son potentiel annoncé. Et ça, c’est aussi de sa faute. J’ai toujours eu l’impression qu’il s’est reposé sur ses acquis et ses prédispositions physiques sans se soucier de ce qu’il aurait pu faire individuellement pour faire progresser l’équipe collectivement. Lui-même n’a certainement pas mesuré le statut qu’il avait acquis dans l’équipe. Les fans, les coachs, ses coéquipiers, tout le monde comptait sur lui pour faire grandir Detroit. Or, je peux le dire maintenant qu’il nous a quitté, le costume de franchise player a toujours été trop lourd à porter pour lui et il n’avait ni le talent ni le mental pour s’approcher de cet objectif, malheureusement pour nous. Du coup, pendant des années, il a été souvent la cible de tous les maux des Pistons. Comme quoi il fallait l’échanger depuis longtemps pour changer de projet. Mais moi, je peux jurer que je n’ai jamais été de ce côté de la barque. Car te voir te démener tous les soirs pour ton équipe même pour perdre au final, cela suffisait pour que je sois l’un de tes défenseurs les plus hargneux.

Pour moi, mettre Drummond au cœur de la débâcle des Pistons des années 2000, c’est tirer sur une ambulance. Quand est-ce qu’on avouera enfin que l’échec Detroit a été une oeuvre collective pendant dix ans ? Andre Drummond n’a été que le réceptacle à critiques gratuites d’une franchise en dysfonctionnement total pendant plus de dix ans. Lui au final, il n’était qu’au premier rang dans tout cela mais tout ce qu’il faisait, c’était faire son métier du mieux qu’il pouvait avec ses qualités et ses lacunes. Ni plus, ni moins. Pour moi, je refuse que le deuxième meilleur rebondeur, le record de matchs en 20 points et 20 rebonds, le cinquième intercepteur et le troisième contreur de l’histoire de ma franchise soit désigné comme le responsable de la situation actuelle. Qu’on le veuille ou non, dans le bien comme dans le mal, Andre Drummond a été le visage des Detroit Pistons sur une décennie. Quelle tristesse se diront certains, mais nous je vous promets qu’on a kiffé galérer avec toi dans la raquette Dre. Quelque part, tes chantiers au rebond et tes deux sélections au All-Star Game ont été le maigre lot de consolation pour nous les fans qui ont tant souffert ces dernières saisons.

Donc, du fond du cœur, merci Andre. Merci d’avoir porté fièrement nos couleurs en cette période longue et difficile. Merci d’avoir égayé un temps soit peu nos soirées lorsque tu étais en forme. Merci de t’être battu pour nous quand tout semblait pourtant perdu. Merci pour tous les rebonds offensifs comme défensifs, les alley-oops, les putbacks, toutes les petites claquettes, toutes tes actions WTF dont tu avais le secret, toutes tes interceptions et tes contres, toute ta bonne humeur, tous les débats houleux entre fans dont tu faisais l’objet… Merci d’avoir été toi pendant toutes ces années, tout simplement. Je n’ai aucun penchant sadomasochiste, mais je crois avoir aimé perdre avec toi. Car sans toi, ça aurait été tellement plus long et tellement moins marrant. Aujourd’hui, tu es parti car tu as été jeté à la porte par le front-office. Mais ce que tu as fait pour nous ne disparaîtra jamais. Selon toi, il n’y a pas d’amis ni de loyauté en NBA. Mais je pense que tu m’as oublié moi, fan des Pistons car moi, je n’ai pas perdu ma loyauté envers toi. A défaut de n’avoir aucun ami dans ce microcosme infernal qu’est le business NBA, tu nous as nous : la Pistons Nation. Nous, nous serons toujours tes amis étant donné tout ce long chemin passé ensemble.

 

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