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La première saison de Sekou Doumbouya en NBA s’est achevée le 11 mars dernier sur le parquet de Philadelphie. Il est désormais temps de tirer un bilan de cette saison rookie, entre points positifs et négatifs, ainsi que d’anticiper les enjeux de cet été. First season in the book in Motown.

Une saison globalement réussie…

La saison de Sekou a débuté officiellement le 8 novembre avec le Grand Rapids Drive en G-League. En démontrant son talent et son potentiel dès le premier match, il a rapidement gagné la confiance de son coach Donnie Tyndall, et s’est retrouvé titulaire dès la troisième rencontre. Sekou a alors su gérer ses responsabilités défensives, mais surtout offensives, comme lorsqu’il inscrivait le panier de la gagne contre les Maine Red Claws le 6 mai dernier, ajoutant à cette performance 30 points en 31 minutes. Même dans la grande Ligue, Sekou a su profiter des responsabilités qui lui ont été offertes, notamment pendant le Road Trip à l’Ouest, début janvier.

Sans la blessure de Blake Griffin, Sekou n’aurait probablement pas eu les mêmes responsabilités, ni le temps de jeu qu’il a eu en NBA. En effet, avec une somme de 54 rencontres officielles, Sekou a eu l’occasion de s’imprégner du jeu américain, que ce soit en NBA, ou en G-League. Ce total est déjà supérieur à sa précédente saison avec Limoges, et personne ne s’attendait à autant voir Sekou sur un parquet, notamment à 38 reprises en NBA. Dans l’ensemble épargné par les blessures cette saison, le natif de Conakry a eu l’occasion d’entrainer son corps à l’enchainement des matchs.

Sekou a également réussi à se faire remarquer et connaitre de la majorité des équipes de la Ligue, ainsi que du public américain. En réussissant l’un des posters les plus impressionnants de la saison sur Tristan Thompson, un pivot référencé, Sekou s’est offert une exposition médiatique importante qui ne peut être que positive pour un rookie. Dans cette lignée, les 24 points contre les Celtics, les deux double-double consécutifs pour ses deux premières titularisations, et les nombreux highlights dont il nous a gratifiés, confirment que cette année rookie a été réussie du point de vue de la renommée.

Sekou est arrivé en NBA avec une réputation de bon défenseur qu’il a prouvée, en se montrant agressif sur le porteur de balle. L’un des meilleurs exemples illustrant cette facette de son jeu est le faible nombre de points inscrits par Kevin Love, limité à 11 unités en trois rencontres lorsque Sekou défendait sur lui.

S’il a brillé par moment en défense, c’est principalement en attaque que Sekou a impressionné. En brillant en G-League avec 17.6 points de moyenne, il s’est montré dominant et décisif quand on lui confiait un vrai rôle dans l’équipe. De la même manière avec les Pistons, l’ancien limougeaud a montré l’ensemble de ses qualités offensives alternant les drives et les tirs de loin, malgré une efficacité encore trop irrégulière. Sekou tourne à 6.4 points et 3.1 rebonds, des moyennes encourageantes prouvant son potentiel. Tout cela lui a d’ailleurs permis d’être invité au Rising Star Challenge, match où s’affrontent les meilleurs rookies et sophomores américains et européens. Même si Sekou a décliné l’invitation pour raisons personnelles, elle n’en reste pas moins une bonne récompense pour ses débuts prometteurs.

…mais perfectible

Même si cette saison rookie comporte de nombreux aspects positifs sur lesquels s’appuyer par la suite, il ne faut pas oublier de dire ce qui n’a pas été bon, pour en tirer des enseignements.

Le premier point à aborder est le rôle de Sekou dans l’équipe des Pistons : tantôt au centre des attentions et du système de jeu, tantôt oublié dans un coin sans implication. Ce problème est apparu dès lors que Sekou a enchainé les mauvaises prestations, s’installant ainsi dans un cercle vicieux, dont il ne parvenait pas à sortir. Il se retrouvait alors cantonné à un rôle de catch and shooter : sur 59% des tirs tentés cette saison en NBA, Sekou n’a dribblé aucune fois. Ce constat n’a pas fait ses affaires, et ne l’a pas aidé pour retrouver la confiance qu’il avait en janvier. On peut donc regretter l’absence d’un sursaut d’orgueil pour retrouver sa hargne, lorsqu’il se trouvait au pied du mur.

C’est ainsi que l’on peut en venir à s’interroger sur la continuité de sa progression. En effet, Sekou ne semble pas vraiment avoir progressé depuis le début de l’année civile. Cela peut s’expliquer par un manque d’encadrement venant de la franchise de Motor City, du fait de la densité de l’effectif et du calendrier. C’est en cela que la G-League est importante pour Sekou, car elle lui assure un encadrement comme il a pu en connaitre un à Limoges ou à Poitiers. Rien d’inquiétant pour le moment, mais sa capacité à progresser physiquement et dans son basket, de façon plus autonome comme l’exige la NBA, sera un élément important pour la suite.

Un autre facteur pouvant impacter sa progression est son sérieux au quotidien. En effet, après être arrivé en retard à l’entrainement le 23 janvier dernier, Sekou s’est fait sortir du cinq majeur pendant plusieurs matchs par Dwane Casey. Cette punition sportive est venue entacher sa réputation NBA, déjà ternie par les déclarations virulentes de son coach dans la presse. On lui a également reproché sa nonchalance lorsque son rôle et ses performances ont évolué négativement. Des comportements à proscrire le plus possible quand on connait l’importance de la réputation dans une carrière.

Malheureusement, l’inexpérience et la fougue ont pris le dessus plusieurs fois cette saison, remettant en cause la communication générale. Avec des sorties médiatiques maladroites pour exprimer sa frustration à propos de la G-League et du rôle accordé par son coach Dwane Casey, Sekou s’est attiré les foudres de nombreux fans et médias. Ces sorties sont particulièrement à éviter pour un jeune européen qui n’a encore rien prouvé dans la grande Ligue. La discrétion est peut-être parfois la meilleure communication, dans la presse comme sur les réseaux sociaux.

A l’aube de la prochaine saison…

On le sait, l’été est le moment idéal pour n’importe quel joueur de travailler, de progresser tant au niveau physique que du jeu. Cette période est donc essentielle pour franchir des étapes et préparer au mieux la saison à venir.

Tout d’abord, avec l’arrêt prématuré de la saison en raison du Covid-19, l’organisation de l’été est complètement chamboulée. De récentes rumeurs annoncent une reprise de la saison là où elle s’est arrêtée, ce qui oblige les joueurs à se maintenir en forme. Mais toutes les incertitudes ne sont pas idéales pour préparer la saison 2020-2021. En difficulté physiquement dès la mi-janvier, il est important pour Sekou de se préparer au mieux afin d’éviter les blessures et continuer de s’habituer au mieux au rythme du calendrier. Mais les circonstances ne sont guère favorables.

De plus, la prochaine saison devrait être plus compliquée que la première puisque les équipes le connaissent pour la plupart. Sekou ne pourra donc plus profiter de l’effet de surprise et devra malgré cela confirmer les espoirs placés en lui. Par conséquent, il devrait subir plus de pression de la part du coaching staff, mais également de la part du public de Detroit. À lui d’être constant et régulier dans ses efforts.

« Dr. Dooms » devrait normalement jouer plus de matchs NBA que cette saison, même s’il ne sera pas impossible de le voir en G-League, en fonction du rôle et des performances qu’il aura. Il devra une nouvelle fois faire preuve de patience puisqu’il risque, au moins au début, être en deuxième ou troisième rotation sur les postes 3 et 4. Son rôle dépendra également de Blake Griffin, selon que Detroit arrive à l’échanger ou non. L’avenir de Sekou pourrait de nouveau dépendre de la star.

Dans l’optique d’être régulier tout au long de la saison, il sera important pour Sekou de montrer une vraie rigueur dans le travail quotidien ainsi qu’une pleine implication. Sa progression passe par là ainsi que sa réputation auprès de son équipe, et dans la Ligue. Par ailleurs, on peut espérer que le staff de Detroit saura mieux l’entourer et l’encadrer tout au long de la saison.

Dans l’ensemble, la première saison de Sekou Doumbouya en NBA a été réussie. Beaucoup de points sont à corriger pour accomplir une saison vraiment complète, mais tous les voyants sont au vert, et Sekou a son avenir entre les mains. Espérons que la saison prochaine soit celle de la confirmation.

source image : getty

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