15 minutes 3 ans

La rédaction Pistons France revient aujourd’hui avec une cinquième interview : celle de Andrea Fadini, le scout à l’international et plus particulièrement en Europe pour les Detroit Pistons.

Il est capital aujourd’hui dans cette NBA de superviser tous les jeunes prodiges évoluant en Europe. A Detroit, cette tâche revient à Andrea Fadini qui passe l’année à écumer toutes les ligues professionnelles européennes afin de dénicher et analyser les futurs grands joueurs européens. Il nous parle de son métier, de son quotidien et de son travail auprès des Pistons.


Pistons France : Comment êtes-vous devenu scout ? Avez-vous étudié dans un domaine en particulier pour le devenir ? Comment avez-vous fait pour entrer dans le monde NBA ?

Andrea Fadini : Beaucoup d’expérience, j’ai procédé étapes par étapes. Il n’y a pas vraiment d’école pour devenir scout. Aux États-Unis, il existe des cours de pratique pour les jeunes étudiants universitaires, mais pas de vraies écoles. Je fréquente le monde NBA depuis de nombreuses années. Beaucoup de mes relations remontent à ma longue carrière en tant que directeur sportif (Vérone, Naples, Trévise, Kazan). Beaucoup de joueurs américains importants, dont la NBA, m’ont beaucoup appris. Donc, c’est un parcours un peu en parallèle (qui m’a amené jusqu’à la NBA, ndlr)..

P.F. : Quel est votre quotidien ? Il nous est difficile de savoir comment est ce métier. Pouvez-vous décrire en quelques phrases une semaine type de travail pour un scout comme vous ?

A.F. : Ces dernières années, le travail du scoutisme international est devenu très spécialisé. Rien n’est laissé au hasard. Il y a trois phases principales : a) repérage en direct de tous les événements européens de jeunes les plus importants de la FIBA et de l’Euroleague des prochaines générations ; b) repérage en direct de toutes les principales ligues européennes et des compétitions les plus importantes. Tous les meilleurs joueurs libres ou vétérans sous contrat ; c) des vidéos-études régulières et répétées de tous les meilleurs joueurs sélectionnés, pour la Draft ou pour la Free agency. Ce n’est pas un travail simple, croyez-moi. Rien ne doit être negligé..

P.F. : Pouvez-vous nous parler de votre parcours ? Avez-vous joué au basket-ball quand vous étiez jeune ? Pourquoi ce choix de vie ? Avez-vous déjà travaillé pour d’autres équipes NBA avant les Pistons ?

A.F. : Ma vie est entièrement dédiée, dès le début, au basket professionnel. Oui, j’ai joué à un niveau moyen italien (à l’époque de la troisième division), puis le chemin m’a conduit à devenir très jeune un general manager de club. De 2007 à 2009 je travaillais dans toute l’Europe pour les Nets du New Jersey.

P.F. : Les fans des Pistons en France aimeraient connaître votre vision sur le basket européen et les différences que vous voyez avec le basket NBA.

A.F. : La NBA est unique. L’Europe a fait d’énormes progrès vers la NBA au cours des quinze dernières années, mais nous en sommes encore loin. Cependant, d’un point de vue technique (non organisationnel, financier ou commercial), je pense que la France est actuellement le pays qui se rapproche le plus du basket américain. Ce n’est pas un hasard si elle compte de nombreux joueurs en NBA grâce à son jeu très athlétique et à son excellent réservoir de jeunes.

P.F. : Avec Gallinari, Belinelli, Melli, Di Vincenzo, avant Datome et bientôt Niccolò Mannion, comment jugez-vous l’évolution et l’internationalisation du basket italien dans un pays dominé par le football ?

A.F. : Tout d’abord, nous espérons qu’ils pourront tous jouer ensemble bientôt. Entre calendriers internationaux, conditions physiques, etc. il n’est jamais pris pour acquis ce genre de choses. Enfin cela devrait être une grande équipe d’Italie mais attention, la Serbie, l’Espagne, la France sont toujours très fortes.

P.F. : Comme vous le savez certainement, Deni Advija est un prospect qui pourrait intéresser les Pistons pour la prochaine Draft. Mais quelle est sa force principale d’après vous ? Il a vraiment le talent pour mériter une place dans le Top 5 de la Draft ?

A.F. : Absolument. Deni a un grand potentiel, du talent et beaucoup de caractère. Et il est très jeune. Oui, cela peut être un choix haut, dans les six-sept premiers de la prochaine Draft ! Il n’y a aucun doute là-dessus !

P.F. : Autre prospect : le français Killian Hayes. L’avez-vous vu jouer en Allemagne ? Qu’en pensez-vous ? Serait-ce une bonne idée pour les Pistons ?

A.F. : Bien sûr, je suis Killian depuis des années, c’est un autre prospect très talentueux. Mais pas seulement lui, il y a un autre très bon joueur français. Il s’agit de Theo Maledon d’ASVEL: les deux seront à la Draft. Les Pistons seront parmi les premiers à choisir en fonction de la Lottery. Ils choisiront le meilleur joueur disponible à ce moment, quelle que soit leur nationalité. Le meilleur possible.

P.F. : L’année dernière, les Pistons ont choisi Sekou Doumbouya. Parlez-nous de votre travail de recherche sur ce joueur. Avez-vous joué un rôle important dans cette affaire l’année dernière ? Êtes-vous satisfait de ce choix ?

A.F. : Oui, nous avons choisi Sekou à la 15ème position. Nous savions qu’il était l’un des plus jeunes de cette Draft, qu’il n’était pas prêt à jouer tout de suite et qu’il aurait besoin de mûrir dans ce nouvel environnement. Nous nous sommes concentrés sur le projet et le potentiel. J’espère qu’il tiendra toutes ses promesses. Et oui, évidemment, j’ai participé à la sélection, aux recherches. Mais nous, les scouts, n’avons que la tâche d’accompagner, de conseiller. Nous ne sommes à juste titre pas au sommet de la pyramide.

P.F. : Votre rôle de scout sera fondamental pour nous dans les années à venir car les Pistons entament une reconstruction totale, y a-t-il un peu de pression en pensant à tout cela ?

A.F. : La pression est toujours là sur chacun d’entre nous. Notre travail n’est pas individuel, il y a toujours un staff et du personnel avec nous. Là-dessus les Américains sont meilleurs que les Européens. Ils travaillent comme un grand collectif. Cependant, un scout doit toujours faire le moins d’erreurs possibles (même si ne jamais commettre d’erreurs est impossible).

P.F. : Depuis combien de temps êtes-vous scout pour les Pistons? Que pensez-vous de cette équipe, de son histoire, des joueurs qui ont écrit le passé, de la ville et des problèmes d’affluence liés à la nouvelle salle ?

A.F. : Cela fait quatre ans que j’y travaille. Les Pistons sont l’une des franchises les plus historiques de la NBA, la tradition présente et ses grands noms sont fantastiques. La ville de Detroit est de nouveau florissante après la grande crise automobile mondiale. Tom Gores veut ramener les Pistons au sommet de la NBA.

P.F. : Comment sont les relations entre les scouts et le staff ? Sont-elles récurrentes ou rares ? Les scouts ont-ils une grande marge de manœuvre pour trouver des talents ou plutôt reçoivent-ils des ordres précis du front office ?

A.F. : Les relations sont régulières (avec le staff). Même en ce moment, en période de coronavirus et d’arrêt de la saison, nous travaillons beaucoup ensemble. On regarde tout et on parle de tout. C’est très bien. Une vraie équipe.

P.F. : Aujourd’hui, avec la puissance des réseaux sociaux, les talents du monde entier sont facilement visibles. Pouvez-vous expliquer comment un scout peut « émerger » et être le premier à découvrir un joueur aujourd’hui ?

A.F. : Exact ! Ce n’est plus comme avant, on n’invente rien. Tout est connu maintenant. Mais il y a un grand travail d’analyse à faire derrière chaque choix, on doit beaucoup plus approfondir. Il y a beaucoup de travail pour chaque équipe NBA car il y a beaucoup de nouveaux talents aujourd’hui.

P.F. : Quelle est l’importance que vous consacrez à l’entourage d’un joueur (famille, proches…) ? Lorsqu’un scout découvre un talent, analyse-t-il aussi son comportement en dehors du terrain pour en tirer un jugement final ?

A.F. : C’est très important ! Absolument. Il est nécessaire de bien étudier la personnalité, le caractère, la force mentale, l’émotivité, la sensibilité du joueur. C’est aussi important que ses qualités techniques. Vous pouvez être le meilleur joueur du monde mais si vous n’êtes pas une personne équilibrée, vous n’irez nulle part.

Interview réalisée et traduite de l’italien par Valentin Feuillette et Enzo Ferretti

Laisser un commentaire