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La rédaction de Pistons France vous propose un nouveau projet intitulé « Enough Is Enough » qui a pour but de discuter de différents sujets liés au Black Lives Matter avec des personnes vivant à Detroit et sa banlieue. Offrons une plate-forme internationale à cinq personnes afin de dénoncer ces problèmes sociaux.

Aujourd’hui, nous ouvrons notre série avec Lazarus Jackson (/lazchance), fan des Pistons très actif sur Twitter depuis plusieurs années à travers notamment ses nombreux articles publiés sur le blog Detroit Bad Boys hébergé par SB Nation mais aussi ses podcasts sur l’actualité de la franchise du Michigan.

Pistons France : Merci d’avoir accepté notre invitation. Pour commencer, pouvez-vous vous présenter brièvement avant que nous nous intéressions au sujet principal de notre série ?

Lazarus : Je suis Lazarus Jackson, rédacteur en chef adjoint de DetroitBadBoys.com, le site des Detroit Pistons sous la bannière SBNation. J’anime également deux podcasts sur les Pistons – le podcast de Detroit Bad Boys et Pistons Vs. Everybody.

P.F. : En tant que grand fan NBA, comment avez-vous réagi quand vous avez appris que les Milwaukee Bucks avaient pris la décision de boycotter leur match de Playoffs ?

L. : J’ai été surpris. La NBA et les joueurs s’étaient déjà mis d’accord pour soutenir la cause sociale (avec les slogans au dos des maillots, «Black Lives Matter» sur le terrain, etc.). Je me doutais qu’après que la police de Kenosha a tiré sur Jacob Blake, ces efforts s’intensifieraient, mais je ne m’attendais pas à une décision aussi forte de la part des joueurs.
Mais c’était logique, surtout que c’était les Milwaukee Bucks. Non seulement Kenosha est dans le Wisconsin, mais les Bucks ont un joueur qui a eu une expérience personnelle avec les violences policières dans leur roster, Sterling Brown.

P.F. : Pensez-vous que ce type de protestation – le fait de boycotter les événements – peut s’étendre à d’autres sports ou arts comme le cinéma ou la musique ?

L. : Je le pense en effet. Le boycott a fait l’actualité mondiale – vous me posez la question depuis la France! – ce qui montre le niveau d’influence exercé par les joueurs. Je pense que, à défaut d’autre chose, c’est mieux que de fermer les yeux et les oreilles en prétendant que tout va bien…

P.F. : Nous sommes tous des fans NBA mais croyez-vous qu’à notre échelle nous pouvons faire du bruit même si nous n’avons pas le pouvoir des joueurs NBA ? Qu’est-ce que nous pourrions faire pour soutenir la cause Black Lives Matter ?

L. : C’est une excellente question. Vous pouvez exiger des comptes de vos représentants politiques lorsque la police commet des actes de violence. Si cela échoue, vous pouvez exiger une représentation politique de meilleure qualité, en votant pour des candidats qui tiendront les organisations policières responsables lorsqu’elles commettent des actes de violence. Vous pouvez soutenir les individus noirs et les entreprises noires dans votre entourage, dans votre communauté, dans vos villes.

P.F. : Vous êtes un ancien étudiant de Michigan State. Pensez-vous que les universités américaines soient assez bonnes et bien préparées pour éviter le racisme ? Ou ce fléau est également répandu dans ces universités ?

L. : Question intéressante. D’une part, l’université est une occasion de se familiariser avec des personnes ayant des expériences de vie différentes de la vôtre, ce qui peut vous montrer à quel point les stéréotypes raciaux ne sont pas une histoire passée. D’un autre côté, si vous êtes blanc, il y a peu d’universités en Amérique où vous pouvez aller et être en minorité – pour faire inverser la hiérarchie raciale, ce qui, je pense, est l’un des meilleurs moyens de sympathiser avec les minorités raciales. D’un autre côté, le processus d’admission à l’université en Amérique perpétue sans doute le racisme.
En fin de compte, je pense que les collèges et les universités font plus de bien que de mal, mais ils ne sont pas parfaits.

P.F. : Vous êtes l’une des personnes les plus actives de la communauté Pistons. Comment ce réseau social – en particulier notre communauté Pistons – peut-il aider et soutenir le mouvement Black Lives Matter ? Pensez-vous que certaines actions peuvent être faites sur Twitter ?

L. : Je le pense sincèrement. Les membres de la communauté Pistons sur Twitter étaient dans les rues pour protester contre la brutalité policière dans leur ville respective, ce qui est bien. La communauté pourrait peut-être pousser un peu plus les gens à aller voter. Comme Twitter est un réseau assez souple – ce n’est pas parce que nous nous suivons sur Twitter que nous sommes amis dans la vraie vie – il peut être plus difficile de pousser les gens, mais je pense qu’il est possible d’inciter les gens à agir sur les réseaux sociaux.

P.F. : Que pensez-vous des manifestations actuelles aux Etats-Unis ? Nous avons vu beaucoup de confrontations entre les citoyens et les officiers de police dans plusieurs villes. Que ressentez-vous quand vous voyez cela ?

L. : Cela m’attriste et m’épuise. La demande initiale des manifestants noirs – « Hé la police, arrêtez de nous tuer » – ne semble pas être une demande difficile. Mais la surveillance et la responsabilité c’est apparemment trop demander aux services de police. Mais au fur et à mesure que les manifestations se poursuivent et, en particulier cette année, elles prennent de l’ampleur et de l’importance, je pense qu’un réel changement est à venir sur ce front.

P.F. : En tant que noir américain, avez-vous un témoignage personnel à partager avec nous ? Un mauvais souvenir où vous avez été confronté au racisme. Peut-être durant votre enfance ou votre carrière ?

L. : Malheureusement oui j’en ai vécu. Mes voisins ont appelé la police parce qu’ils croyaient que je cambriolais ma propre maison il y a quelques années, ce qui était très stressant et m’a rendu plus méfiant envers ces voisins. C’était très frustrant – j’étais dans la maison depuis plus d’un an, et mes propres voisins ne m’ont pas reconnu et ont présumé que ma présence en tant qu’homme noir dans le quartier signifiait que j’étais un criminel.

P.F. : Comment décririez-vous l’atmosphère actuelle à Detroit ? Pensez-vous que cette ville peut jouer un rôle important pour ce combat ?

L. : Je ne vis pas à Detroit, donc je ne peux pas parler de l’atmosphère actuelle, mais je pense que l’histoire de Detroit se prête à comprendre ce qui est en jeu aujourd’hui avec les manifestations de Black Lives Matter (cf. les émeutes de 1967)

P.F. : En tant que citoyen américain, comment protestez-vous contre les inégalités et les injustices ? Participez-vous aux manifestations massives dans les rues ? Pour vous, quel est le meilleur moyen de se faire entendre et changer la société ?

L. : Je soutiens les manifestations. Je n’ai pas participé à des manifestations de rue – je préférerais être le plus loin possible de la police à tout moment, et les manifestations n’y parviennent pas. J’ai fait un don à des causes réparatrices, à des causes caritatives et à des candidats politiques locaux et nationaux. Pour moi, la meilleure façon de changer la société américaine passe par le gouvernement. J’encourage donc les gens à voter pour les candidats qui, selon eux, apporteront le changement qu’ils souhaitent.

P.F. : Les élections présidentielles auront bientôt lieu. Joe Biden devrait faire face à Donald Trump. Pensez-vous que Biden pourrait faire un bon POTUS afin de calmer cette situation que Trump a créée ?

L. : Je vis depuis près de 30 ans et je suis sûr que Donald Trump est la pire personne ayant été président. J’apprécie que vous lui attribuez correctement les turbulences sociales qu’il a créées. Je pense que Joe Biden, s’il est élu, sera sans aucun doute un président meilleur et plus efficace que Donald Trump. Bien que ce soit une barre basse à franchir, l’Amérique doit franchir cette barre et revenir à quelque chose qui ressemble à un leadership compétent, sinon cette turbulence va se transformer en véritable tourmente.

Propos recueillis et traduits par Valentin Feuillette
Projet réalisé avec la précieuse aide de Soraya Ntumba

source image : création de Adrien Pommepuy pour Pistons France

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