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La rédaction de Pistons France vous propose un nouveau projet intitulé « Enough Is Enough » qui a pour but de discuter de différents sujets liés au Black Lives Matter avec des personnes vivant à Detroit et sa banlieue. Offrons une plate-forme internationale à cinq personnes afin de dénoncer ces problèmes sociaux.

Aujourd’hui, nous poursuivons notre série avec Roddy Green (/Official_Roddyy), footballeur professionnel au Detroit City FC (NISA League) : équipe de soccer locale qui a également boycotté des rencontres du championnat suite à l’affaire Jacob Blake. Il est capital de donner la parole aux sportifs. Shut up and dribble ? Surtout pas. Et la rédaction souhaitait revenir sur la situation actuelle avec le milieu de terrain natif du Michigan

Pistons France : Dans un premier temps, présentez-vous à nos lecteurs qui ne vous connaîtraient pas.

Roddy Green : Je m’appelle Roddy Green, j’habite à Detroit (Michigan) et ancien de l’université de Saginaw Valley State (Michigan). J’ai 23 ans et je viens de la petite ville de Commerce Township (Michigan), dans la banlieue proche de Detroit. Et je joue pour l’équipe de Detroit City FC depuis quatre années désormais.

P.F. : En tant que footballeur afro-américain, comment avez-vous réagi au boycott du match de Playoffs par les Milwaukee Bucks ?

R.G. : Honnêtement, j’étais d’abord surpris puis nous avons vu que plusieurs équipes ont immédiatement suivi. Ce fut vraiment inspirant pour nous, ils ont eu une vraie influence sur notre décision en tant qu’équipe de boycotter notre match la semaine dernière (ndlr. fin août). Si on veut être réaliste, le sport est juste l’une des plus grosses plateformes. Quand on voit des athlètes prendre position de cette manière, je pense que c’est très bien car ça aide vraiment à ce que nos voix se fassent entendre. Beaucoup de personnes y prêtent attention.

P.F. : Croyez-vous que ce type de manifestation – le boycott d’événements – peut s’étendre à d’autres domaines comme le cinéma ou la musique ?

R.G. : Oui en effet et je pense qu’on peut déjà observer cela avec la musique, les musiciens etc. Beaucoup de rappeurs parlent et donnent leur opinion. Je crois que c’est toute l’essence même de la musique : donner son avis, faire en sorte que sa voix se fasse entendre. Je pense aussi que nous avons de plus en plus d’athlètes qui y prennent part et je crois sincèrement qu’à l’avenir il y en aura encore davantage. Et c’est très bien.

P.F. : Nous avons pu voir que votre équipe était très impliquée dans le mouvement Black Lives Matter, pouvez-vous nous expliquer ce qu’il s’est passé dans le vestiaire après l’affaire Jacob Blake ?

R.G. : Immédiatement la plupart d’entre nous savait qu’une conversation devait avoir lieu. Avec les gars on s’est dit « bon il faut que l’on ait une réunion; il faut qu’on parle de qu’il se passe actuellement ». Tout le monde était sur la même longueur d’ondes. Beaucoup de joueurs de l’équipe ont partagé leur propre expérience, ce qui a probablement eu la plus grosse influence sur notre décision commune de boycotter notre match. Nous savions que nous devions faire quelque chose afin d’assurer que notre voix se fasse bien entendre. En essayant d’être le meilleur exemple pour tous les autres. Résister était la meilleure chose pour montrer la gravité de ce qu’il se passe. Trop c’est trop.

P.F. : Ces dernières années, la NBA a essayé d’aider la cause BLM mais en tant que footballeur, diriez-vous que la MLS ou la NISA se montrent concernées par ces injustices sociales ? Font-ils des efforts par rapport à d’autres ligues américaines ?

R.G. : Oui je pense qu’elles se sentent concernées. Je pense que la première chose que nous souhaitons en tant que joueur est que les ligues nous laissent prendre la parole, parler de ces sujets pour que notre voix se fasse entendre. Par exemple, la NISA nous a soutenu quand on a voulu boycotter et que plusieurs équipes ont suivi. La ligue a directement annulé tous les matchs. En fin de compte, nous ne voulions pas jouer car beaucoup d’entre nous étaient préoccupés par ce qu’il se passait chez eux. En dehors de jouer au foot. Et pas seulement chez eux, partout dans le monde. On continue à dire qu’il y a plus important que le sport. Evidemment le sport est une très bonne chose pour tout le monde : aller au centre-ville, regarder des matchs, les équipes permettent aux gens de sortir un peu. Mais je pense que c’est important pour les ligues de nous laisser l’opportunité de nous exprimer sur tous les sujets.

P.F. : La Major League Soccer n’est pas beaucoup médiatisée en Europe. Le racisme est-il aussi présent dans les stades de foot américains comme nous avons pu le voir récemment à Salt Lake City avec Russell Westbrook ?

R.G. : Oui je pense que l’affaire de Russell Westbrook est le meilleur exemple récent du problème des fans racistes. Cela m’a beaucoup surpris car le basket ne devrait pas connaître des problèmes de racisme au sein de la NBA. On en voit aussi au football (ndlr. soccer) à Chelsea, à Burnley et dans d’autres équipes de Premier League et de football en général. Je pense qu’il pourrait probablement y en avoir encore plus alors l’objectif est qu’il y en ait de moins en moins. Il faut continuer à bousculer et virer ces fans si cela persiste à se produire avec des joueurs. J’espère que bientôt ces problèmes de racisme se réduiront davantage, à un point où on n’en verra plus du tout dans les stades, on espère.

P.F. : Que pensez-vous des mouvements actuels aux Etats-Unis ? Que ressentez-vous quand vous voyez ces confrontations dans plusieurs villes américaines entre les citoyens et les policiers ?

R.G. : C’est malheureux parce qu’aux Etats-Unis, on a cette liberté d’expression que beaucoup de pays ont aussi. Une chose que nous prenons énormément au sérieux pour la plupart du temps. Les manifestants ont ce droit de protester et de s’exprimer. On a aussi le droit de se rassembler. Donc voir les manifestants se faire parfois dégager par les policiers, c’est très décevant. Tout le monde a entendu parler de ce qu’il se passait dans le pays donc la première chose que les gens font, c’est de manifester. Pourquoi les policiers forcent-ils les gens à quitter les rues quand ils ont ce droit ? C’est difficile. A Detroit aussi, on a eu des manifestations mais très peu de problèmes. Quelques soucis mais dans des villes plus petites dans les alentours. C’est vraiment décevant.

P.F. : En tant que jeune afro-américain, avez-vous un témoignage personnel à nous partager ? Un souvenir traumatisant où vous avez vu le racisme ou avez été victime de racisme durant votre enfance ou carrière ?

R.G. : J’ai grandi dans une ville majoritairement blanche même si vous pouvez y voir quelques personnes afro-américaines, cela reste malgré tout principalement blanc. Donc oui j’ai eu ma propre expérience, ce qui rendent toutes ces choses qui se passent dans le pays encore plus dures pour ma famille. Nous en parlons énormément. Nous savons ce qu’il se passe, et avec quoi nous devons vivre depuis toujours. Certaines personnes ont aussi des expériences similaires. Honnêtement tout le monde a déjà vécu cela. Je pense que ces expériences nous rendent plus réalistes sur la situation car on le vit, cela nous arrive. Cela m’est arrivé souvent durant mon enfance, pas quotidiennement mais fréquemment. Donc ouais, c’est agaçant. C’est pour cette raison que nous avons autant pris la parole parce que c’est réel, ce n’est pas juste à la télé. Cela nous arrive vraiment.

P.F. : Comment décrirez-vous l’atmosphère actuel à Detroit ? Pensez-vous que Motor City peut devenir une ville capitale pour aider et supporter le mouvement BLM ?

R.G. : Il y a quelques mois, avec des amis, nous avons manifesté dans le centre-ville. Et il semblerait que la plupart du temps c’était des manifestations très calmes et pacifiques. Quelques fois c’est devenu incontrôlable dans mes souvenirs à cause des black blocs (casseurs) mais on ne comprend jamais vraiment ce qu’il se passe. Je ne suis pas certain de savoir exactement ce qu’il s’était passé après. Même quand vous conduisez dans les rues de Detroit, vous voyez constamment des panneaux pour le Black Lives Matter, dans tous les quartiers, il y a du Black Lives Matter partout. Pour la plupart, toute la ville de Detroit est sur la même longueur d’ondes. Je pense que c’était très bien évidemment mais en espérant que cela s’étende en dehors de la ville.

Propos recueillis et traduits par Valentin Feuillette
Projet réalisé avec la précieuse aide de Soraya Ntumba

source image : création de Adrien Pommepuy pour Pistons France

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