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La rédaction de Pistons France vous propose un nouveau projet intitulé « Enough Is Enough » qui a pour but de discuter de différents sujets liés au Black Lives Matter avec des personnes vivant à Detroit et sa banlieue. Offrons une plate-forme internationale à cinq personnes afin de dénoncer ces problèmes sociaux.

On poursuit notre dossier avec un nouvel invité, James David Dickson (/downi75), journaliste faits-divers spécialisé dans les crimes et violences pour le Detroit News qui est l’un des plus importants quotidiens locaux. Un entretien rempli de pessimisme sur un fond d’espoir.

Pistons France : Pour commencer, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs, pour celles et ceux qui ne vous connaîtraient ou suivraient pas encore ? Une présentation assez courte pour passer à notre sujet principale.

James David Dickson : Je travaille sur les dernières grosses news à Detroit. Il peut s’agir de meurtres, d’incendies, de procès, de nécrologies. Je ne sais jamais quelles histoires je vais devoir traiter chaque jour.

P.F. : P.F. : Que pensez-vous des mouvements actuels aux Etats-Unis ? Que ressentez-vous en tant que afro-américain et journaliste quand vous voyez ces confrontations dans plusieurs villes américaines entre les citoyens et les policiers ?

J.D.D. : Detroit est unique. D’autres villes américaines ont vécu des incendies et des pillages. Mais nous n’en avons pas connu. Nous avons de sérieux désaccords à Detroit sur ce que représente la sécurité publique et sur la manière dont elle devrait être réalisée. Ce sur quoi nous sommes tous d’accord, c’est que personne ne veut voir Detroit brûler. C’est notre maison. Il n’y a aucune garantie que tout ce qui brûlera sera reconstruit. Le risque est trop élevé. L’amour pour notre maison est trop grand.

P.F. : Comment décrirez-vous l’ambiance au sein de votre rédaction ces derniers temps ? Croyez-vous qu’en tant qu’homme afro-américain vous êtes compris, entendu et soutenu par vos collègues ?

J.D.D. : Je ne recherche pas de soutien mental ou émotionnel sur le lieu de travail. J’ai de la famille, des amis et des êtres chers pour cela. Je suis là pour faire un travail. Je conseillerais aux gens de ne pas laisser leur bien-être émotionnel entre les mains de personnes qui peuvent vous licencier.

P.F. : Si nous avons bien compris votre travail, vous écrivez souvent au sujet de faits-divers et affaires liées aux crimes, à la justice et autres domaines sociaux. Qu’avez-vous appris avec votre expérience dans ces domaines ? Nous imaginons que vous avez dû écrire sur de nombreuses injustices et inégalités.

J.D.D. : La vie est injuste. Elle l’a toujours été. Et elle le sera toujours. Le seul espoir que vous ayez est de protéger vos proches, d’enseigner et de corriger les jeunes esprits, et de prêter attention et grâce aux gens lorsqu’ils échouent. Soyez gentil avec les gens qui comptent sur vous.

P.F. : En tant que journaliste, comment décrirez-vous ce genre de périodes ? Pensez-vous que les médias font partie du problème ou au contraire, ils représentent une solution pour faire changer d’avis en aidant le mouvement ?

J.D.D. : C’est une période de changement. Des batailles importantes se déroulent quotidiennement dans les rues. Faites entendre votre voix. Ouvrez ce blog. Écrivez ce livre. Tout le monde le peut.

P.F. : Comment décrirez-vous l’atmosphère actuel à Detroit ? Pensez-vous que Motor City peut devenir une ville capitale pour aider et supporter le mouvement BLM ?

J.D.D. : Detroit est une ville avec 250 à 300 meurtres par an. La plupart des victimes sont des hommes noirs. La plupart des personnes soupçonnées ne sont pas des policiers, ce qui est le cas depuis des décennies. Une centaine de jours de manifestations dans les rues n’y changera rien.

P.F. : Que diriez-vous aux autres hommes noirs aux États-Unis ou en France qui vivent malheureusement avec cette peur quotidienne pour leur vie ou celle de leurs proches ? Pensez-vous qu’il existe des solutions pour ne pas tomber dans une dépression fatale ?

J.D.D. : La peur n’est pas une condition durable. Le stress est un bon moyen de raccourcir votre vie. Concentrez-vous moins sur la peur et plus sur le don de soi à votre communauté. Offrez votre temps et vos talents à vos proches. Soyez présent dans leur vie. Personne ne viendra vous sauver.

P.F. : Afin de conclure notre entretien de la bonne manière, avez-vous une chose à dire à nos lecteurs français ? Peut-être une devise inspirante ou une bonne note qui peuvent aider en ces temps difficiles ?

J.D.D. : Juste la gagne, les gars. Les chances seront toujours contre vous dans la vie. Rien ne sera jamais juste ou équitable. Vous pouvez passer votre temps à essayer de faire de ces mots à la mode (que l’on lit ndlr.) une réalité ou vous pouvez aussi aimer les autres, servir votre communauté et faire pencher la balance de la vie en votre faveur.

Propos recueillis et traduits par Valentin Feuillette
Projet réalisé avec la précieuse aide de Soraya Ntumba

source image : création de Adrien Pommepuy pour Pistons France

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