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Après de trop longs mois sans jouer, les Pistons ont enfin fait leur retour en compétition officielle le 23 décembre face à Minnesota. Le début d’une longue saison pour Detroit, celle de l’année zéro, du recommencement, de l’amorce d’un nouveau projet. Autant de curiosité que d’inconnu nous attendent. Quelle tête va tirer la franchise du Michigan cette saison ? Pas celle des grands soirs certainement. C’est l’heure de la grande preview annuelle.

Une année de tanking dans les tuyaux ?

Beaucoup d’observateurs se posent la question. Étant donné le niveau intéressant des prospects de la Draft 2021, les franchises en difficulté actuellement sont appelées à sortir le bon gros tank cette année pour espérer avoir le meilleur pick possible lors de la prochaine sélection des rookies. Une technique qui a déjà fait ses preuves maintes et maintes fois dans l’histoire de la NBA permettant à des franchises au fond du trou de récupérer des phénomènes dans leur roster. Le sujet est clairement à mettre sur la table pour Detroit. La franchise doit-elle jeter la saison à venir à la poubelle ? La réponse est non. La Draft ne résout pas tout. Aujourd’hui, les Pistons ont un effectif de jeunes pouces avec la soif d’apprendre, certains vétérans présents dans l’équipe sont en NBA depuis plus de dix ans et le coach est une figure référencée du circuit. Sans dire que les Pistons se doivent de lutter pour les Playoffs, il serait contre-productif de passer une année à ne rien faire. Dans tous les cas, la franchise présente un roster bien moins intéressant que la plupart des autres cylindrées de la Ligue, alors à quoi bon faire exprès de perdre ? Cela ne servirait à rien, si bien qu’aujourd’hui finir dernier de la NBA ne signifie pas avoir le first pick à la Loterie. En fait, tanker ne ferait que retarder le processus de progression des jeunes joueurs. De toutes façons, personne en NBA ne projette Detroit avec beaucoup de victoires la saison prochaine donc tentons des choses. Jouons à fond, essayons les jeunes, responsabilisons les vétérans, mettons des choses en place, laissons le coach diriger l’équipe. La reconstruction ne signifie pas seulement drafter de nouveaux joueurs et étoffer son effectif sur le papier, cela signifie aussi et surtout poser des bases de jeu sur le terrain, identifier l’équipe au style de jeu qui lui convient, cibler les joueurs utiles au nouveau projet. Et toutes ces choses là s’analysent et se vérifient sur le terrain, avec du jeu. De plus, les arrivées de Killian Hayes, Jerami Grant, Mason Plumlee, Josh Jackson et autres Saddiq Bey sont des joueurs capables de produire du jeu. Ce serait une erreur de leur interdire de s’exprimer pour un hypothétique pick de Draft en 2021. Ces dernières années, truander les matchs n’est plus si fréquemment utilisé car les nouveaux calculs de la Loterie ont rééquilibré la mise. Espérons que nos Pistons ne tomberont pas dans ce piège risqué et finalement peu rentable à moins d’un futur LeBron James à la Draft. Aujourd’hui, Detroit a l’avantage de n’être attendue par personne. Les joueurs n’ont aucune pression de résultats mais les jeunes comme les plus vieux ont faim. Il faut capitaliser sur cela en essayant de jouer car même si rien d’intéressant en ressort, cela permettra à Weaver et sa bande de voir plus clair et de continuer son chantier durant la saison. L’effectif construit cet été n’est qu’une ébauche des futurs Pistons. Beaucoup d’échanges auront lieu dans les mois et années qui suivent, mais plus les joueurs seront responsabilisés et mis en compétition, plus le processus avancera rapidement. Jouons donc, l’avenir nous en sera reconnaissant.

L’état des lieux du roster

Malgré tout, il faudra que Casey mette de l’ordre dans ce fourre-tout. Des rookies en pagaille, des vétérans à droite à gauche, des nouvelles arrivées sur tous les postes, comment trouver un équilibre de jeu et surtout comment contenter tout ce beau monde ? Sur le poste de meneur, la traction Rose-Hayes paraît évidente. C’est certainement le seul poste où les interrogations n’existent pas. En effet, il semble que Delon Wright devrait évoluer sur le poste 2 compte tenu de ce que l’on a pu observer du joueur lors des matchs de présaison. Du coup il ne reste que le Français et le MVP 2011 pour assurer le job à la mène si on considère que Saben Lee expérimentera la G-League cette saison. En deuxième arrière en revanche, trois clients : Svi Mykhailiuk le shooteur fou, Wayne Ellington le vétéran artilleur et donc Delon Wright le talentueux comboguard. Selon toute vraisemblance, ce dernier devrait commencer la saison dans le cinq mais c’est certainement le premier cité qui fera la maille par la suite. Ellington se contentera des miettes mais son adresse pourrait à tout moment s’avérer utile à l’équipe. Enfin, l’énigme autour de Rodney McGruder, quasiment inutilisé en présaison, est encore à résoudre. Poursuivons donc avec un poste clé de la NBA moderne, le poste d’ailier. Visiblement, trois candidats se relaieront sur le poste, à savoir : Jerami Grant, Josh Jackson et Deividas Syrvidis. Le premier qui a trouvé son créneau en NBA sur le poste d’ailier fort devrait vraisemblablement évoluer à l’aile compte tenu de la permanence de Blake Griffin. Cette donnée risque d’évoluer durant la saison mais pour le moment, la logique semble imposer le repositionnement de l’ancien Nugget sur le poste 3. En revanche, attention à Josh Jackson qui est quant à lui un profil physique beaucoup plus naturel à l’aile et qui est monté en puissance au fil des matchs de présaison. Profil défensif intéressant et avec un minimum de talent offensif, il pourrait être le bon client pour aider l’équipe. Certes, les carences dans son jeu sont multiples mais en terme d’équilibre de jeu, Josh semble être le plus à même pour faire le travail. Quant au néo-arrivant Syrvidis qui n’a pas pu s’intégrer au groupe équipe durant le camp d’entraînement devra très certainement prendre du galon en G-League pour commencer. Pour finir, le poste d’ailier fort est aussi difficile à équilibrer que le poste de pivot est simple à attribuer. En effet, même si Blake Griffin sera le titulaire indiscutable en 4, Jerami Grant viendra très vite toquer à la porte et lui prendra certainement des minutes au fil des matchs. De son côté, Sekou Doumbouya est en année 2 et compte bien s’imposer dans l’effectif et se faire une place sur ce poste qui est son poste de prédilection. Le Français a montré de la maturité et du talent ces derniers jours et Casey sait qu’il va falloir compter sur lui à l’avenir. Sans oublier Saddiq Bey le rookie, drafté au premier tour et ciblé par la franchise pour son côté NBA ready et son intelligence de jeu. En effet, lui aussi jouera crânement sa chance cette année. Sans aucun doute, le poste 4 sera le plus concurrentiel cette année mais les Pistons y verront certainement plus clair en cas de départ de Quake. Enfin, rien de plus simple au poste de pivot : Plumlee ou Okafor dans le cinq, l’un ou l’autre en back-up et le rookie Isaiah Stewart en troisième larron. Voilà l’état de l’effectif du Michigan pour débuter la saison. Ça fait pas rêver mais y a du matos pour jouer correctement au basket et progresser. À Casey de faire la mayonnaise désormais.

Le style de jeu

Justement, quelle identité de jeu faut-il mettre en place à Detroit pour cette saison ? Pas évident comme question. En effet, l’effectif plafonné en terme de talent limite les alternatives de jeu pour le coach. Jouer up tempo ? pas top pour les genoux désormais fatigués de Blake Griffin. Tirer de loin ? Les snipers ne font pas légion cette année à Detroit. Défendre le plomb ? Il va falloir de toutes façons mais cela ne suffira pas sur toute une saison. Il ne reste donc qu’une seule solution à Dwane Casey : le collectif. En effet, à défaut d’avoir beaucoup de talent dans l’effectif, le coach pourra tout de même compter sur des garçons intelligents, expérimentés et avec le sens du devoir. Plumlee, Grant, Wright, Josh Jackson, Okafor, Ellington, tous ont eu des expériences plus ou moins intéressantes dans d’autres franchises et ont su s’y imposer de par leur côté col bleu et unselfish. Il va falloir capitaliser sur ces profils pour à la fois produire un basket sérieux et appliqué mais aussi inculquer une certaine rigueur aux Killian Hayes, Sekou Doumbouya et consorts. Bien sûr, cela devra prendre du temps et beaucoup de matchs passeront à la trappe, mais l’absence de pression vis-à-vis des résultats et l’implication toujours très dure de Casey auprès de ses joueurs peuvent contribuer à mettre en place un basket académique, simple et collectif sans être flamboyant ni même spectaculaire. Revenir à des bases classiques peut être intéressant pour les minots de l’effectif et pourrait également permettre de préparer le terrain en cas d’arrivée d’un autre gros prospect l’année prochaine ou dans les années à venir. Se passer le ballon, se déplacer, partager la marque, donner des cartouches aux jeunes, faire les efforts les uns pour les autres en défense, voilà ce que l’on est en droit de s’attendre. Dans un contexte comme celui des Pistons en 2020, il serait même salutaire de remettre en place un jeu simple, sans fioriture afin que tout l’effectif puisse en profiter pour progresser et éviter de se retrouver avec un système parasité par une individualité un peu plus talentueuse que les autres. Et pour diriger et coordonner ce genre de choses, Casey est l’entraîneur idoine : bon vieux tacticien des familles, strict et exigeant avec ses joueurs. Les joueurs auraient réellement tous à y gagner si les Pistons décidaient de revenir à un basket plus conventionnel. Evidemment, ce n’est pas cela qui nous fera gagner beaucoup de matchs, mais de toutes façons, l’objectif n’est pas réellement là. Aujourd’hui, la franchise du Michigan a le devoir de retrouver des bases de jeu, et pour cela elle devra par moment tâtonner en cours de match, donner des responsabilités aux jeunes par moment, faire des erreurs. Tout cela fera avancer l’équipe d’une manière ou d’une autre. Il faut voir les Detroit Pistons comme un énorme chantier en construction, sauf qu’on ne sait pas trop ce qu’on va ériger comme structure au final. Cela peut faire peur au début, mais c’est souvent en pratiquant un basket simple que l’on commence à voir plus clair dans l’effectif. La route semble très longue et sinueuse, mais la lumière peut s’entrevoir si les Pistons décident de mettre les mains dans le cambouis. Il est l’heure de retrouver le chemin des terrains désormais, et pour s’assurer une montée en puissance de l’effectif et l’esquisse d’un projet à long terme, la mise en place d’un collectif viable et sérieux est essentiel. Maintenant au travail les gars !

source image : Création Pistons France par Maximeok

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