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Au poste de GM des Pistons depuis l’été 2020, Troy Weaver a déjà convaincu bon nombre de fans en quelques mois. Avec son projet de reconstruction dans le viseur, l’ancien assistant GM du Thunder a réussi à avoir une base très cohérente et prometteuse pour l’avenir sans prendre de risques. Quelles ont été ses décisions majeures ? Y a-t-il des regrets ? Quelles scénarios sont envisageables ? Analyse du travail du cerveau des Pistons.

Une stratégie de management agressive

A peine arrivé, Weaver n’a pas attendu longtemps avant de commencer son projet de reconstruction. Les maîtres mots de cette pré-saison étaient clairs : jeunesse et potentiel. Naturellement des joueurs comme John Henson, Brandon Knight et Thon Maker se sont gentiment vus indiquer la porte de sortie. Mais le dossier Christian Wood est sans doute celui qui a suscité le plus de réactions. Weaver faisant le choix de ne pas s’aligner sur les 13 millions de dollars annuels proposés par les Rockets et préféra mettre ses jetons sur Grant et Plumlee. L’un étant un fort potentiel qu’il côtoyait déjà à OKC, l’autre un vétéran avec l’expérience des Playoffs et le goût de la victoire. Un pari qui est pour l’instant plus que gagnant puisque Jerami Grant explose et se place parmi les favoris pour le MIP, tandis que Mason Plumlee est un élément fondamental du très beau jeu proposé par Detroit. Beaucoup de critiques finalement pas justifiées, Christian Wood (25 ans) n’est pas le leader offensif que l’ailier des Pistons (26 ans) est en train de devenir, le tout en restant un bien meilleur défenseur qui plus est. Il fallait faire un choix, Weaver a tenté d’avoir les deux mais l’intérieur a logiquement choisi l’offre de Houston.

Dans la catégorie des paris sans risque, les signatures de Josh Jackson et de Jahlil Okafor (tous les deux au minimum ou presque) ne peuvent que représenter des plus values, que ça soit dans le jeu ou dans un potentiel échange. Seul vrai point noir de cette Free agency, la perte de Bruce Brown échangé aux Nets contre Dzanan Musa (+ un second tour 2021) qui a par la suite été coupé. Un mouvement très étrange de la part du front office et qui apparaît aujourd’hui comme le seul vrai doute de cette pré-saison, d’autant que Brown entre dans l’identité de jeu prôné par Weaver.

Parmi ses autres actions, s’y trouve peut être l’une de ses plus valuable en la personne de Delon Wright. Arrivé à Detroit en échangeant Ariza, l’arrière pourrait devenir une monnaie d’échange très intéressante. En forme, très complet et fiable aux tirs, l’ancien de Toronto réalise un début de saison qui devrait attirer plus d’un contender avant la Trade Deadline. Troy Weaver va continuer de tester le marché à la recherche de picks ou de jeunes.

Une masterclass à la Draft

Mais le domaine dans lequel la patte Weaver a le plus de chances de porter ses fruits est celui de la Draft. Avec quatre choix grâce au trade de Luke Kennard, Killian Hayes, Isaiah Stewart, Saddiq Bey et Saben Lee ont été sélectionnés respectivement aux choix 7, 16, 19 et 38 de la dernière cuvée de jeunes. Des joueurs qui peuvent prendre du temps à se développer à l’instar de Hayes, mais qui peuvent aussi être très impliqués et performants dès cette saison.

Récemment nommé joueur de la semaine à l’Est, Saddiq Bey a été propulsé titulaire et vit une saison historique pour un rookie notamment aux shoots. Critiqué aussi pour le départ de Kennard, Troy Weaver a une nouvelle fois vu juste puisque l’arrière des Clippers connaît de nouveaux pépins au genou, a signé une extension risquée et plutôt juteuse et arrive mines de rien sur ses 25 ans en juin. Avec cette décision, Weaver a rajeuni le poste d’arrière en amenant Bey, plus polyvalent et moins cher que Kennard.

Même si beaucoup de critiques et de pression reposent sur Killian Hayes au vu de sa 7ème place à la draft, il faut rappeler qu’il n’a que 19 ans et vient d’Europe. Il a tout le temps de se développer pour être performant à 22/23 ans comme ce fut le cas avec Brandon Ingram.

Tandis que Isaiah Stewart est devenu en l’espace de quelques mois le chouchou de Detroit avec son agressivité, sa domination physique aux rebonds et ses frictions avec certains des meilleurs intérieurs de la ligue. L’intérieur de 19 ans reste aussi un diamant à polir mais qui a lui aussi grimpé dans la rotation de Casey dépassant Jahlil Okafor avant de devenir le backup attitré à la blessure de ce dernier.

Quatrième effectif le plus jeune de la ligue avec une moyenne de 24.7 ans, l’avenir représente clairement la priorité chez les Pistons, et cette jeunesse porte déjà ses fruits en se montrant très encourageante. C’est sans complexe que la jeunesse pistonnienne tient tête à des équipes du haut de tableau et propose un jeu déjà très bien huilé, intéressant et beau. En parallèle de leur record, l’équipe sur le parquet nous propose un des meilleurs baskets visibles du côté du Michigan depuis plusieurs années. Tous âgés entre 19 et 21 ans, les rookies 2020 se construisent au fil des matchs et prennent un temps d’avance sur la plupart des autres rookies de la ligue notamment en terme de responsabilités et d’expérience. Preuve de la confiance et de la liberté d’action qui leur est donnée. Forcément, cette confiance sera bénéfique, que ça soit sur le terrain ou via un trade.

Une constante plus-value recherchée

Cette équipe est loin d’être un produit final et de nouveaux mouvements auront lieu. C’est avec cette certitude que Troy Weaver a construit sa première équipe à Detroit avec un objectif : ressortir gagnant de chaque décision. Une stratégie qui semble être convaincante au vu du rendement de Wright et Plumlee et de la progression de ces deux joueurs par rapport à leurs performances de l’année passée. D’autres paris sont eux toujours en jeu, autour de joueurs comme Jackson, Dennis Smith Jr, ou Okafor. Les deux premiers sont des gros potentiels en perte de confiance et de rythme et qui ne demandent qu’à s’exprimer et se relancer, tandis que le dernier est un habitué des blessures. Leur profil de joueur revanchard représente quand même un certain espoir de rédemption et d’affirmation. Là où Weaver sera forcément gagnant, c’est que chacun d’entre eux ont des contrats courts et à faibles salaires donc facilement à rentabiliser en cas de trade. Admettons qu’ils n’arrivent pas à s’imposer ou à être intéressants, ils pourront rapidement être remplacés et ne représenteront donc pas un poids dans les finances de l’équipe.

Une philosophie finalement classique

Ce projet de totale confiance aux jeunes en les encadrant de vétérans qualifiés n’est pas pour autant sans inspiration. Une équipe comme les Warriors s’est construite par la draft et la confiance qu’elle a accordé à ses jeunes. Alors oui la réussite des hommes de Steve Kerr relève du légendaire, mais un simple rôle d’équipe régulière en Playoffs serait déjà une grande victoire pour le front office dans leur projet de reconstruction. Un projet que Troy Weaver connait bien, lui qui s’est formé avec réussite en tant qu’assistant GM du Thunder aux côtés de Sam Presti. Il compte notamment dans ses coups de maître le choix de Russell Westbook en 4ème pick de la Draft 2008, alors qu’à cette époque, Westbrook n’était pas considéré comme un choix d’élite. Un pari risqué qui fût historiquement gagnant pour la franchise d’OKC. Une équipe que Weaver a aidé à bâtir pour arriver jusqu’aux finales NBA. Un scénario que tous les fans de Pistons espèrent voir se reproduire une nouvelle fois.

source image : création de Lucas Blanchard pour Pistons France

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