15 minutes 2 ans

Dans le grand laboratoire à jeunes que les Pistons ont mis en place depuis le début de la saison, un sujet a été oublié dans la nature. Au grand dam de nous Français, il s’agit de Sekou Doumbouya. Le plan reconstruction mené à merveille par la franchise a en effet oublié d’inclure l’ancien Limougeaud dans l’équation. Très peu en vue et timide à souhait, l’heure de Sekou n’est pas encore arrivée. Analyse et explications d’un sophomore en difficulté.

Un manque de temps de jeu préjudiciable mais justifié

Même si tous les observateurs l’avaient justement remarqué, il est bon de répéter que l’on pouvait s’attendre à un problème Doumbouya dès le début de la saison. En effet, l’embouteillage au poste d’ailier fort causé par les présences cumulées de Griffin, Grant et Saddiq Bey supposait logiquement que les minutes allaient être chères. Du haut de ses 20 ans tout mouillé, le Franco-guinéen devait se douter qu’il n’allait pas faire partie des premiers choix du coach. Et ça n’a pas loupé car force est de constater que c’est lui qui se retrouve lésé jusqu’à présent, et ce n’est pas la faute à pas de chance ou à un quelconque membre du staff. Le coach s’efforce de mettre en avant les jeunes joueurs de l’effectif ainsi que les nouvelles recrues, ces derniers répondent présent pour la plupart et voilà que Sekou en paie les frais. Alors oui, peut-être que Sekou pourrait être un peu plus responsabilisé par moment, peut-être que son temps de jeu aurait pu être plus conséquent ici ou là, mais ce qui convient de dire en premier c’est tout de même que le joueur ne donne aucune réelle garantie. Le niveau élevé de Grant, le statut de Griffin ainsi que les performances solides de Saddiq Bey ont pour l’instant raison du timide Doumbouya.

Malgré tout, même si on s’attendait un peu à cela, on ne peut s’empêcher d’être déçus de sa saison de sophomore. Au sortir d’une saison de rookie où il a pu faire preuve de prestations intéressantes, l’année deux pouvait être celle de la confirmation et de la prise de confiance. Il n’en est rien pour l’instant. Si bien que citer ses lignes statistiques actuelles est presque insignifiant tellement elles sont faibles. Lorsqu’il rentre, rien ne se passe. Il ne parvient pas à peser d’une quelconque façon sur le match, même un tout petit peu. Bien entendu, il est difficile de se montrer performant et régulier lorsqu’on joue peu et de manière sporadique, mais cela n’est pas une excuse, c’est simplement la dure loi de la NBA. À notre ère où tout va si vite, il n’y a presque plus le temps pour le développement des jeunes. En NBA, il faut être bon tout de suite si on veut sa place. C’est cruel, mais c’est comme ça. Pour l’instant, le jeune Doumbouya bute contre tout cela et sa saison n’a toujours pas vraiment débuté, alors que le mois de mars est déjà entamé.

Un talent encore coincé dans son cocon

Il n’y a pas meilleure métaphore que celle-là pour décrire la situation du joueur. En effet, même si certaines bribes d’action montrent de réelles capacités et prédispositions pour la NBA, Sekou Doumbouya n’est pas encore capable de les répéter régulièrement ni de jouer efficacement. Cette phase d’apprentissage est encore à faire pour lui. Il n’a pas encore trouvé son créneau, son identité, comme si lui-même ne savait pas encore quel joueur il est ou doit être. Pas à l’aise avec son tir alors qu’il se permet pas mal de tirs de loin en bout de chaîne, intéressant en défense mais pas non plus transcendant, le Franco-guinéen ne donne pas assez d’éléments à son coach pour le contraindre à bouger les choses pour lui. Son jeu en transition reste tout de même efficace de par sa capacité à traverser le terrain rapidement et son toucher au cercle mais le jeu des Pistons version 2020-21 n’est pas spécialement axé sur le jeu rapide en contre attaque. Du coup, difficile d’exprimer ses qualités au mieux et c’est la concurrence qui en profite malheureusement. Encore une fois, le but n’est pas de dire qu’il n’a pas le niveau où que rien n’est faisable pour faire évoluer la situation, mais le constat est là et c’est à lui d’adapter son jeu pour trouver sa place. Bey gagne ses minutes par son adresse extérieure, Stewart parvient à peser de par son hustle et sa défense, c’est maintenant à Sekou – aussi jeune qu’il soit – de trouver un moyen de se rendre utile à l’équipe en utilisant les qualités qui l’ont amené jusqu’en NBA.

La tâche s’annonce dure car tout le monde veut sa place et l’équipe a trouvé un réel équilibre sans Sekou dans la rotation. Même si rien n’est encore perdu car la franchise sait que le joueur est encore très jeune et qu’il a besoin de temps, le fait est que le retard s’accumule depuis maintenant trois mois de compétition. Le but n’est pas de tirer déjà la sonnette d’alarme mais de constater la réalité à aujourd’hui. Certains symptômes à la Ntilikina commencent à surgir dans le processus. Heureusement, Doumbouya peut bénéficier d’un environnement plus serein que le New-Yorkais, autrement dit un coach stable qui sait développer les jeunes et d’une franchise beaucoup moins exposée. À lui de faire enfin ses preuves désormais, mais heureusement rien n’est perdu.

Quelques motifs d’espoir

Finissons notre analyse sur une note positive non? Car les motifs d’y croire existent encore. En effet, le tout récent départ de Blake Griffin désencombre un peu le poste d’ailier fort, ce qui permettra une redistribution des minutes dont Sekou devra être en mesure de bénéficier. Déjà depuis la mise à l’écart de la rotation de Quake, on a pu observer une légère augmentation des minutes pour l’ancien Limougeaud. Espérons que cela continuera dans ce sens si Doumbouya parvient à faire fructifier son temps de jeu. De plus, plus la saison avance, plus les Pistons semblent conforter leur place de bon derniers de la Ligue. Au fur et à mesure des semaines, on imagine que la franchise va commencer à sérieusement penser à la prochaine Draft et devrait donc demander à ses joueurs de mettre un sérieux coup de frein pour espérer avoir les meilleures chances à la Loterie. Dans cette optique, Sekou Doumbouya pourrait profiter d’un potentiel tanking décidé par le staff pour gagner en temps de jeu, voire même être titulaire par moment pourquoi pas. Enfin, l’éclosion du rookie Saddiq Bey cette année a remis en question sa réelle affiliation au poste 4. À la base considère comme un ailier fort à sa Draft, son adresse extérieure efficace, son intelligence de jeu ainsi que sa mobilité ont fait que le joueur peut finalement très bien être aligné sur un poste d’ailier voire d’arrière par séquence. D’où la possibilité de voir le poste d’ailier fort de moins en moins bouché jusqu’à espérer pourquoi pas à terme une rotation à deux joueurs composée de Grant en tant que titulaire secondé par notre Frenchie. Cela permettrait alors à la fois un allongement des minutes pour lui mais aussi l’attribution d’un vrai rôle régulier et important dans le roster des Pistons.

Des solutions, il en existe bien sûr, mais rien ne se fera si Sekou Doumbouya ne s’en donne pas les moyens. À l’heure d’aujourd’hui, il ne fournit pas assez d’éléments pour que la franchise lui accorde davantage de confiance. Certes, il est encore très jeune et la phase d’apprentissage est forcément plus longue que pour d’autres nouveaux arrivants en NBA, mais la loi du terrain est dure et impitoyable, si on veut une place, il faut aller la chercher. Les minots des Pistons autour de Sekou Doumbouya se sont mis au boulot et ont désormais pris de l’avance sur le numéro 45. Il va falloir maintenant cravacher pour maintenir le cap et prouver sa valeur. À toi de jouer mon grand, on croit en toi !

source image : Création originale Lucas Blanchard / Pistons France

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