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Au bout de trente matchs, il est déjà possible d’affirmer qu’un crack se trouve à Detroit. Son nom est sur les bouches tous les fans de la franchise du Michigan : Cade Cunningham. Mais, aussi bon soit-il, il n’est pas le premier rookie à avoir performé chez les Pistons. Voyons quels sont les grands joueurs qui ont brillé durant leur premier année et s’il est possible d’imaginer Cunningham pour les rejoindre au Panthéon du basketball de Motor City.

Les rookies au passé

Il est tout d’abord important de définir quels ont été les plus grands performeurs aux Pistons durant leur année une. En effet, en 73 ans d’existence, entre Fort Wayne et Detroit, la franchise a vu nombre de rookies défiler sous ses jerseys et peu d’entre eux ont été retenus. Mention honorable donc à Don Meineke, premier ROY de l’histoire en 1952-1953, mais pour qui l’époque et le manque de données jouent en défaveur. Mais aussi à Dennis Rodman, Dave DeBuscherre, Bob Lanier, Tom Van Arsdale, Andre Drummond, John Salley, Joe Dumars ou Tayshaun Prince qui n’ont pas été gardés malgré des CV tous très bien fournis. Et place à Dave Bing, Isaiah Thomas, Grant Hill et… Brandon Knight. A travers leurs quatre profils nous verrons ce qu’il a fallu pour être un jeune marquant et si le nouveau favori de Motor City pourra s’élever au niveau de certains d’entre eux.

Honneur aux anciens, David « Dave » Bing est le premier à passer sur la table d’analyse. Meneur/Arrière au goût prononcé pour les pull-up, il est un profil quasi unique pour son époque. Un joueur novateur trop souvent oublié de nos jours mais qui a laissé une trace indélébile sur les parquets de la NBA. Pour sa première saison en 1966-1967, il tourne à 20 points, 4 rebonds et 4 passes de moyenne. De fameuses statistiques qui lui ont valu un titre de rookie de l’année, faisant de lui l’un des trois seuls joueurs à recevoir cet honneur sous le maillot des Pistons. Sa première saison s’est achevée avec un bilan de 30 victoires pour 52 défaites. Saison qui sera suivie par des années de plus en plus victorieuses marquées par de multiples sélections au All-star game pour Dave qui ne parviendra cependant jamais à rallier les finales NBA. Avec son arrivée, l’équipe avait amélioré son bilan et était devenue une place un peu plus respectable dans sa conférence. Bing avait su embrasser sa place de numéro 1 en un instant et ne l’avait par la suite plus lâché.

Le second joueur apparaît comme une évidence, le chef des bad boys et plus grand joueur de la franchise : Isiah Thomas. Sélectionné en seconde place à la draft 1981, Zeke a su se faire remarquer très tôt (notamment avec un premier match en carrière à 31 points et 11 passes) en compilant des statistiques de 17 points, 8 passes et 2 interceptions qui lui ont valu une sélection en all-rookie first ainsi qu’au all-star game. Avec son arrivée dans le roster, l’équipe avait entamé sa construction d’une culture de la victoire qui mènera à un back-to-back historique en 1989 et 1990 face aux Lakers du showtime et aux Blazers de Clyde Drexler. Un palmarès impressionnant qui fait sans doute de la draft du Baby Face Assassin la plus importante de l’histoire des Pistons.

Le troisième joueur est peut-être celui qui aura été le plus époustouflant dès sa première année. Un ailier polyvalent, athlétique et charismatique ; celui annoncé comme le prochain Michael Jordan et considéré comme un Lebron avant l’heure (excusé du peu). « Mister Nice Guy », Grant Hill. A la fin d’une saison qui le verra tourner à 20 points, 6,5 rebonds, 5 passes et 1,8 interceptions et durant laquelle il apparaîtra comme titulaire au all-star game, il sera sacré co-rookie de l’année en compagnie de Jason Kidd. Une saison d’exception donc, qui avait placé l’ailier au premier plan. Lui qui devait redonner ses lettres de noblesse à la franchise du Michigan après leurs glorieuses années. Une charge bien lourde, qu’un Hill esseulé n’avait pas su supporter malgré tout son talent. Talent qu’il avait d’ailleurs fini par exporter en Floride pour poursuivre une carrière semée d’embûches.

Et enfin, pour achever cette liste de profils, place à Brandon Knight. Un nom qui pourrait presque sonner comme une blague parmi ces légendes. Le nom d’un petit meneur de 1m88 qui à 30 ans seulement ne possède plus d’équipe. Le nom d’un joueur réputé pour avoir été la victime du plus gros poster de l’histoire. Mais également le nom de celui qui a été le meilleur rookie des Pistons sur les lignes arrières ces 10 dernières années. Le monde de la NBA est cruel, il va à tout allure, et ne pardonne pas à ceux qui traînent un peu du pied. Mais avant d’être une victime de ce rythme effréné, Brandon Knight avait été un jeune tout à fait correct, affichant notamment de prometteuses moyennes de 12 points et 3,8 passes par rencontre qui lui a permis de se hisser jusqu’en all-rookie first team. Il fait désormais partie de la très longue liste de joueurs n’ayant pas su concrétiser au plus haut niveau et, de façon un peu triste, il permet de se rendre compte d’à quel point la pépite qu’ont les Pistons entre les mains est exceptionnelle. 

Quid de Cade Cunningham 

A l’heure où cet article est écrit, l’arrière n’a joué que trente matchs. Un échantillon certes un peu faible, mais qui permet déjà de tirer de premières conclusions. Cunningham affiche des statistiques de 15.3 points, 6,2 rebonds et 5,2 passes, de biens beaux chiffres, qui ne cessent d’ailleurs de grandir match après match. L’ancien d’Oklahoma State prend confiance, augmente sa réussite à trois points et comprend de mieux en mieux le jeu. Et même si, comme tout rookie, son jeu connaît pas mal de déchets, il parvient à se montrer à la hauteur des espoirs placés en lui.

Mais alors, Cade est-il au niveau de certains des monstres cités précédemment ? Evidemment, il est encore tôt pour se prononcer. Il apparaît cependant de façon assez évidente que le numéro 2 n’aura pas sa place au all-star game. Dans une ligue aussi compétitive que celle de 2021, cela n’a en réalité rien d’étonnant, et il ne fait nul doute que Cade sera un jour présent au match des étoiles. Mais, les faits sont là, d’autant que le numéro 1 de draft n’est pas (encore) le favori pour le titre de ROY et que les Pistons présentent un record exécrable de 5 victoires pour 25 défaites. Ses débuts semblent bons, mais pas pour autant exceptionnels. Ceci étant dit, il est primordial de mettre les choses en perspective. Cade évolue dans une NBA qui a évolué, régie par le tir à longue distance et la pace élevée. Il est peut-être déjà le deuxième meilleur joueur de son équipe et est utilisé par un coach qui ne sait pas toujours le mettre dans les meilleures dispositions. Eplus de devoir se débrouiller sans l’aide d’un vétéran, le tout en pleine période de Covid. Le jeune Pistons à de quoi être excusé, d’autant qu’il semble déjà parfaitement adapté au jeu de la grande ligue. Avec son profil de porteur de balle de plus de 2 mètres, capable de scorer aux trois niveaux, de défendre et de distribuer, il est un joueur moderne, qui réussit à prendre à contrecourant les défauts de l’école américaine, misant plus sur les qualités athlétiques et la capacité à faire lever les foules que les fondamentaux.

Et l’avenir dans tout ça ?

Parler de saison rookie est une chose, regarder une carrière complète en est une autre. Même si elle est souvent révélatrice, la première année d’un joueur n’est qu’un avant-goût de son talent, un échantillon de potentiel. Chaque basketteur prend ses marques et ses habitudes à son rythme : pour certains, deux matchs suffisent, pour d’autres, il peut y avoir besoin de plusieurs saisons. 82 matchs ne prouvent rien de définitif, demandez donc à Giannis Antetokounmpo ou Michael Carter-Williams ce qu’ils en pensent. Et cela s’applique également aux joueurs passés en revu plus tôt. Grant Hill et Dave Bing sont deux légendes du jeu, et ce de façon incontestée, pour autant, leurs noms n’ont pas été synonymes de victoire durant leur séjour à Detroit. Et à contrario, des joueurs comme John Salley ou Tayshaun Prince sont parvenus à être des pièces maîtresse dans l’accession au titre des Pistons à leurs époques respectives sans pour autant faire grand bruit à leurs débuts. L’homme ayant le plus réussi à associer les deux performances en une est évidemment Isiah Thomas, un franchise player qui est parvenu à gagner avec la franchise qui l’a drafté, une performance pas si commune que ça en NBA. Alors, est-il possible d’attendre la même réussite de la part de Cunningham ? Oui, sans aucun doute. Cade est le premier first pick de Detroit depuis 50 ans, le premier joueur choisi dans le trop 3 de la draft depuis Darko Milicic et le joueur prodige tant recherché dans le Michigan après une décennie jonchée de défaites. Cela fait beaucoup à supporter pour un garçon d’à peine vingt ans, mais l’arrière a su déjà plus d’une fois prouver sa maturité et son amour pour Detroit. Sa place de numéro, 1 il l’assume. En guise de remerciement pour cette dévotion, les fans se doivent de croire en lui. De croire en ce jeune numéro 2 au rôle tout désigné de pierre angulaire du retour vers les sommets pour les Pistons.

source image : Création originale de Maxime Okon pour Pistons France

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