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De la grandeur à la décadence américaine, Detroit est une ville qui ne cesse d’intriguer les connaisseurs et les spécialistes d’horizons différents. Mais pourquoi cette cité pourtant condamnée à couler depuis plusieurs années continue-t-elle d’attirer autant de monde aujourd’hui ?

Au-delà de la curiosité humaine de voir les conséquences désastreuses d’une crise économique destructrice, Motor City reste une ville possédant une culture riche : sportive et musicale mais également artistique (ndlr. au sens moderne du terme et non philosophique) . Zoom sur l’Art à Detroit.

Un patrimoine riche en musées

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Dans les grandes mégalopoles américaines, il est rare de pouvoir visiter autant de musées concentrés dans une même mégalopole. Hormis New York, Los Angeles, Philadelphie et Chicago qui ont un passé étroitement lié à l’histoire des Etats-Unis, la ville de Detroit peut se vanter d’avoir plusieurs musées devenus au fil des années des incontournables, pas seulement pour la communauté ou l’état du Michigan, mais à l’échelle nationale. La particularité des musées de Detroit est sa richesse et sa distinction possible entre l’ensemble des musées. En effet, elle est l’une des seules villes des Etats-Unis à ne pas disposer d’un thème central, c’est-à-dire que l’on peut retrouver des musées dédiés à toutes les cultures et toutes les sciences. Difficile de réduire la liste des musées d’une ville aussi grande que Detroit mais nous allons nous concentrer sur un en particulier afin de montrer cette diversité des connaissances offertes aux habitants et touristes.

Comme une évidence, il nous faut parler du Detroit Institute of Arts, l’un des plus grands musées du pays qui regroupe la plus vaste collection de tableaux s’étendant sur un espace de 61.000 mètres carrés. Établi en 1883, il est situé sur la très célèbre avenue Woodward dans le centre-ville de Detroit. Avec presque un million de visiteurs par an, ce musée restauré en 2007 peut être qualifié comme « encyclopédique » car il propose des œuvres datant de l’Antiquité à la période moderne, ce qui est assez rare aux Etats-Unis contrairement aux grandes villes culturelles européennes comme Paris, St Petersburg, Londres ou Florence. Selon le New York Times, les couloirs de ce musée sont estimés à plus de huit milliards de dollars. Cézanne, Picasso, Gauguin, Velázquez, van Gogh, van Eyck… Impressionnant serait un adjectif adéquat pour décrire cette collection : mouvements et époques différents, il y en a réellement pour tous les goûts.

Résultat de recherche d'images pour Parmi les autres musées que nous retrouvons à Detroit, le Charles H. Wright Museum of African American History suscite un intérêt particulier car il revient sur l’histoire afro-américaine : de l’esclavage à Barack Obama en passant Malcolm X, Rosa Parks ou Martin Luther King. Depuis 2001, la seconde usine automobile ouverte à Detroit, la Ford Piquette Avenue Plant est devenue un musée rendant hommage à toute la culture automobile de la ville. Dans cette même idée de restauration, les premiers locaux de la société de production musicale Motown Records sont aussi devenus un musée retraçant la musique made in Detroit. Et pour finir cette brève visite virtuelle, le Michigan Science Center apporte la petite touche de sciences exactes à la ville, en centrant leurs expositions sur la médecine, la physique, la chimie et l’astronomie.

Parmi les autres musées que nous retrouvons à Detroit, le Charles H. Wright Museum of African American History suscite un intérêt particulier car il revient sur l’histoire afro-américaine : de l’esclavage à Barack Obama en passant Malcolm X, Rosa Parks ou Martin Luther King. Depuis 2001, la seconde usine automobile ouverte à Detroit, la Ford Piquette Avenue Plant est devenue un musée rendant hommage à toute la culture automobile de la ville. Dans cette même idée de restauration, les premiers locaux de la société de production musicale Motown Records sont aussi devenus un musée retraçant la musique made in Detroit. Et pour finir cette brève visite virtuelle, le Michigan Science Center apporte la petite touche de sciences exactes à la ville, en centrant leurs expositions sur la médecine, la physique, la chimie et l’astronomie.

Un tableau post-apocalyptique

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La ville de Detroit a toujours été construite sur un château de cartes très fragile et aux premiers vents, la chute fut violente. Fief de la production automobile mondiale, Detroit a été la première grande ville des Etats-Unis à s’être déclarée en faillite. Plusieurs choses en sont la cause : d’abord, la lourde diminution démographique avec une population passant de plus d’un million d’habitants en 1990 à moins de 680 000 en 2015. Ensuite, le déclin de l’industrie automobile joue un rôle majeur car le « Big Three » (Ford, Chrysler et General Motors) représentait les principales forces de Motor City. Ces firmes ont rencontré des difficultés à rivaliser avec leurs concurrents japonais et allemands. Puis, la mauvaise gestion financière de la ville depuis les années 30 ont engendré une dette cumulée de 18,5 milliards de dollars (empirée par la crise des subprimes de 2007 qui a touché le peu qui restait à la ville à savoir l’immobilier). Et enfin, le taux de chômage qui ne cesse de s’accroître à partir de 2010 (dépassant même les 50% dans certains quartiers), grossissait un peu plus le fardeau économique de Detroit. Par ailleurs, la ville comptait pas moins de 300 000 emplois manufacturiers en 1960, aujourd’hui ce chiffre a chuté à 25 000. Ajoutez à cela les violences, le taux de criminalité ainsi que le communautarisme grandissants et vous obtenez une ville au bord de la destruction.

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Ce contexte socio-économique a engendré la fermeture d’usines laissées à l’abandon ou de théâtres comme le United Artists Theater – sur le point de s’effondrer mais aussi écoles, librairies, hôtels… Pour rester dans le sujet principal, le Detroit Institue of Arts a songé à vendre des tableaux pour aider à la reconstruction de la ville, ce qui semble être la meilleure option car d’après le directeur du musée : « la fermeture du DIA serait plus violente encore que la faillite de General Motors… Cela voudrait dire que la ville a cessé de se battre ». Cette crise a forcé certains habitants à quitter leur domicile ou à hypothéquer. Par conséquent, des centaines de maisons se sont transformées du jour au lendemain en de véritables lieux abandonnés ou squattés par des sans-abris. Cet effet boule de neige a transformé le paysage de la ville – passant d’une fragile puissance américaine à un lieu post-apocalyptique. Une dystopie en tout genre que l’on retrouve dûment décrite dans plusieurs œuvres pessimistes.

Les ruines du vieux Detroit comme source photographique

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Qu’est-ce que l’art ? Vaste question. D’un point de vue philosophique, la fonction de l’art est d’idéaliser le réel, donc de représenter ce que l’on voit tous les jours. Dans l’Antiquité, Platon l’associait à la beauté alors qu’Aristote y voyait un moyen de produire une imitation vraie de la société, mais les philosophes modernes comme Kant, Heidegger ou Nietzsche attribuent à l’art un rôle de miroir. La part de subjectivité est toujours de mise dans l’art et si certains voyaient Detroit comme une ville dénuée d’intérêt, d’autres y sentaient un potentiel artistique inouï. Et c’est dans cette optique que l’image du Detroit apocalyptique a complètement évolué ces dernières années par le biais d’artistes qui ont dû contempler derrière le rideau abîmé et poussiéreux de la crise économique le vrai visage de la ville. En effet, des artistes-explorateurs ont profité de cette cité en perdition pour s’aventurer dans ces ruines afin de trouver des perles rares à photographier ou à capturer : Detroit est devenue la capitale mondiale des Urbex (Urban Explorations) dans lesquels il est possible de donner une seconde vie à des lieux pourtant abandonnés et vierges de toute activité. L’art est universel et par ce pouvoir, les artistes-photographes ont rendu cette ville immortelle – peu importe ce que le décor sous-entend à première vue.

Entre 2005 et 2010, deux jeunes photographes français Yves Marchand et Romain Meffre se sont rendus à plusieurs reprises dans ces ruines sans vie pour capturer des scènes figées dans le temps. La technique et la lumière employées sur leurs clichés renforcent cette impression de mort urbaine et de l’atmosphère pesante qui règne à Motor City. Ci-dessous quelques photos de leur collection intitulée « The Ruins of Detroit » :

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Street art, le remède aux maux de la ville

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« Speramus Meliora ; Resurget Cineribus » ce qui traduit du latin signifie « nous espérons des temps meilleurs, de ses cendres elle renaîtra ». Cette devise officielle est celle de la ville de Detroit fondée par un français Antoine de Lamothe-Cadillac en 1701. Bâtie avec cette esprit qu’une ville se doit d’être puissante et résistante même lors des périodes difficiles, Detroit a prouvé ces dernières années qu’elle était bien immortelle, invincible, capable de renaître d’une longue crise économique. Depuis l’élection du maire démocrate Mike Duggan en 2014, la ville se reconstruit grâce notamment à l’installation de start-up et à la participation active des habitants.

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Afin de redécorer la ville et de lui rendre une beauté accueillante, un projet a vu le jour. Crée par Tyree Guyton et son grand-père en 1986 le Heidelberg Project a pour but de transformer un quartier pauvre, délabré et miséreux en véritable oeuvre d’art, un musée à ciel ouvert. Ainsi, Guyton a convaincu les habitants de son quartier Heidelberg de ramasser tous les objets abandonnés pour les réquisitionner et en faire une oeuvre. Le résultat est spectaculaire. On peut y voir des maisons ou des voitures (anciennement abandonnées) redécorées de couleurs vives ou avec des objets. Cette expérience a fortement contribué à ressouder la communauté qui avait enfin un point commun, un objectif à partager. Un groupe d’artistes dont Guyton fait partie s’est lancé le défi d’apporter une culture street-art à Detroit pour que certaines rues peu fréquentables ou complètement désertes redeviennent attrayantes. Grâce à des tags d’une précision rare, certains quartiers renaissent et c’est la ville entière qui revit grâce à l’art. Comme Chad Davis, un artiste de Detroit, le dit : « Ici, il a toujours fallu survivre ensemble, et c’est à travers l’art que nous le faisons ».

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sources images : Sabworld, Marchand-Meffre, Click On Detroit, Encircle Photos Detroit
Pour découvrir le travail de Yves Marchand et Romain Meffre, voici le lien : http://www.marchandmeffre.com/detroit

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