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Dans un contexte politique marqué par l’antagonisme entre les États-Unis et l’Union Soviétique, la fin des années 80 et le début des années 90 ont été marquées par l’arrivée massive de joueurs du bloc de l’Est dans la ligue nationale. Trahison du côté des Russes, envahissement du côté américain, l’ouverture de la LNH aux joueurs soviétiques a connu pas mal de difficultés à ses débuts avant que Scottie Bowman entraineur mythique des Red Wings eut l’idée de génie de réunir certains des meilleurs éléments pour jouer ensemble sur une même unité. Les Russian Five sont reformés et Détroit se met au Russe en LV2.

La naissance de la Red Army

Le Hockey soviétique a dominé la scène internationale des années 70-80 en vampirisant les titres mondiaux sous l’impulsion des joueurs du club de l’Armée Rouge. Sa tête d’affiche Viacheslav Fetissov est le leader de cette équipe véritable vitrine de l’État communiste. Son entraineur, Viktor Tikhonov dirige son équipe à la manière du régime soviétique c’est à dire à la dur. Les joueurs passent seulement 36 jours par an en famille loin de l’équipe et du hockey. Le reste du temps, cela se passe sur la glace. De quoi développer une alchimie exceptionnelle entre ses joueurs formidablement doués. La première version des Russian Five née de ces années dorées pour le hockey russe, où Fetissov, Kassatonov, Kroutov, Makarov et Larionov forment une unité exceptionnelle et marchent sur leurs adversaires. Un hockey de possession, de patinage incroyable, où la fluidité est le maître mot et qui fera dire à Wayne Gretzky un soir d’humiliation face aux Russes « on n’est pas de taille, c’est trop dur ». Pour autant à cette époque aucun joueur soviétique ne joue en dehors du pays, où le régime interdit toute sortie de ses joyaux pour aller chez l’ennemi américain. Il est tout autant question de politique que de sport, et malgré le fait que les équipes de LNH draftent les russes, leur permettant d’acquérir leurs droits, elles n’en voient cependant pas la couleur. Certes la Guerre Froide arrive à son crépuscule, mais il n’est pas question pour le pouvoir de se séparer d’une de ses seules sources de fierté alors que l’URSS est à l’agonie. C’est alors que de nombreux bras de fer commencent à opposer les joueurs russes désireux d’aller se frotter aux patinoires américaines et de goûter à la saveur du Dollar, à un gouvernement de plus en plus isolé sur la scène internationale.

De Moscou à Detroit: rouge toujours…

La fin des années 80 marquent un virage dans la politique soviétique et les hockeyeurs russes sont autorisés à partir jouer en LNH. Igor Larionov est le premier des Russian Five à franchir l’Atlantique. En échange, et comme ce sera le cas pour ses compatriotes faisant le grand saut, 50% de son salaire sera reversé à L’État. Slava Fetissov lui joue les têtes dur et refuse de partir s’il doit partager ce qu’il gagne. Il devient un symbole de résistance face à un pouvoir pour lequel il a donné sa vie en tant qu’officier de l’armée et capitaine de l’équipe d’URSS. Il fini par obtenir gain de cause et signe avec les Devils du New Jersey. Cependant, les débuts sont compliqués pour de nombreux russes, le hockey américains étant loin de celui qu’ils savaient pratiqués. Beaucoup plus violent, ils se retrouvent être souvent la cible de joueurs inquiets de voir débarquer de l’Est une flopée de gars talentueux venir leur « prendre leur job »… America First. Il faudra plusieurs saisons avant que Scottie Bowman se rappelle à leur bon souvenir, lui qui était coach de l’équipe Canada que ces russes avaient humiliés des années plus tôt. Après avoir choisi Serguei Fedorov en 4è position (!!!) en 1989, les Red Wings ajoutent Vladimir Konstantinov et Vyacheslav Kozlov en 1990. Il faut ensuite attendre 1995 et les signatures de Slava Fetissov (36 ans) et d’Igor Larionov (35 ans) pour voir l’unité au complet et la renaissance d’une Russian Five.

Les Red Wings de Moscou

L’Histoire raconte que c’est Igor Larionov qui aurait chuchoter à l’oreille du coach Scottie Bowman d’aligner une unité entièrement russe. Celui que l’on surnomme le professeur savait probablement mieux que n’importe qui ce que pouvait donner une association entre lui et ses quatre compatriotes, tous formés à la même école, celle de l’Armée Rouge. C’est donc le 27 octobre 1995 pour un match à Calgary que pour la première fois dans l’histoire de la ligue nationale une telle unité est mise place. Score final 3-0, 5 pts marqués par l’unité avec une stat impressionnante, sur les 25 lancés de Detroit, 15 ont été déclenchés par les Russes. Vous avez dit alchimie? Détroit qui cherche une coupe Stanley depuis plus de 40 ans est conquise par ces joueurs de l’Est qui électrifient la Joe Louis Arena. Qui aurait pu croire qu’en pleine période post Guerre Froide ce soit le russe qui soit à la mode à Hockeytown? Malgré une saison 95-96 magnifique avec 62 matchs de saison régulière gagnés (un record seulement égalé une fois en 2019), les Red Wings échouent au premier tour des playoffs et la saison suivante en finale de la coupe Stanley face aux Devils. La consécration arrive en 1997 avec une première victoire depuis l’ère Gordie Howe avec un sweep sur les Flyers. La contribution des Russian Five est évidemment énorme dans cette conquête. Fedorov devient un des joueurs les plus dominants de la ligue, Konstantinov un prétendant au trophée Norris de meilleur défenseur quand les vétérans Larionov et Fetissov jouent avec leur expérience. Les Russian Five représentent le facteur x qu’il manquait à Steve Yzerman et son équipe dont il est capitaine depuis 1986 pour le conduire au Saint Graal, avec ce style de jeu si particulier qui caractérisait les joueurs de la désormais ex Union Soviétique.

Une saison et des larmes

Comme toute histoire extraordinaire, celle des Russian Five de Détroit n’échappe pas à son côté dramatique. La réalité rattrape l’équipe lorsqu’un accident de limousine stoppa net la carrière de Vladimir Konstantinov. Après quatre semaines de coma il gardera des séquelles irréversible au cerveau. Slava Fetissov lui aussi présent lors de l’accident ne s’en tire qu’avec de légères blessures. Cet accident terrible à pour effet de souder un peu plus l’effectif qui part à la conquête d’une deuxième coupe Stanley consécutive. L’équipe jouera d’ailleurs la saison avec un écusson à son maillot sur lequel est inscrit « believe » en anglais et en russe en soutient pour son défenseur. Si certains ont probablement oublié le score de cette finale (4-0, nouveau sweep face aux Capitals cette fois), tout bon fan de hockey se rappelle de cette image où le capitaine Steve Yzerman qui vient de recevoir le trophée le fait passer à Vladimir Konstantinov alors en fauteuil roulant pour faire un tour d’honneur de la patinoire. Les Russian Five n’ont finalement jouer qu’une seule saison ensemble sous l’uniforme des Red Wings. Mais leur héritage reste immense, d’abord par la qualité des joueurs qui ont formé cette unité, par la grandeur de la franchise dans laquelle ils ont évolué (sous les ordres de l’un des plus grands coach de l’histoire de la LNH) et enfin par sa fin tragique. Slava Fetissov et Igor Larionov ont été également les exemples pour nombre de hockeyeurs soviétiques qui souhaitaient franchir l’Atlantique. Ce groupe de cinq joueurs a inscrit l’une des plus belles pages de l’histoire des Red Wings, et il ne serait que justice que le prochain joueur à voir son maillot retiré, soit Sergeï Fedorov et son numéro 91. Spassiba Russian Five.

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