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Si vous cherchez un classement des meilleurs joueurs de l’histoire des Detroit Tigers, vous ne trouverez probablement jamais le nom de Ron LeFlore. S’il apparaît en 52ème position dans l’histoire de la MLB en nombre de bases volées, ce n’est pas sa carrière en tant que telle qui attire tant de fascination, aussi belle qu’elle fut. Ron LeFlore ressemble à la ville qui l’a vu naître, il la personnifie de manière sublime, talentueuse, dramatique, tantôt perdue, tantôt resplendissante et à la fin incertaine.

Ron LeFlore est né à Detroit le 16 juin 1948 de Georgia, infirmière et John, père au chômage et alcoolique. Ils sont Afro-Américains et Detroit est une ville pleine de contradiction où les blancs vont petit à petit devenir minoritaires à partir de 1945. Les Noirs sont majoritairement marginalisés dans des quartiers pauvres et sont maintenus dans un état de précarité désastreux en plus du quotidien de violences policières de plus en plus fréquent (est-ce un hasard si le Black Panther Party de Detroit fut un des plus puissant aux Etats-Unis?). Dans cette jeunesse de misère, Ron quitte rapidement l’école, sombre dans l’alcool et l’héroïne alors qu’il est à peine adolescent et plonge pour la première fois à 15 ans. S’en suivent plusieurs séjours en centre de rétention pour mineurs puis sa première condamnation à la prison à l’âge de 21 ans pour un vol à main armé. Il écopera d’une peine de 5 à 15 ans dans la prison d’état du Sud-Michigan.

La découverte d’une passion entre les barreaux

Incarcéré le 28 avril 1970, Ron LeFlore abandonne la drogue et l’alcool. Et le plus fascinant c’est qu’à cette date, il n’a jamais pratiqué aucun sport. Face à ses qualités athlétiques naturelles, co-détenus et gardiens l’encouragent à pratiquer le baseball. La magie du bouche-à-oreille faisant son effet, le manager des Detroit Tigers de l’époque, Billy Martin, entend parler de lui dans un bar. Enthousiasmé par tous les fantasmes autour de ce néophyte en prison, il obtient de la prison d’état une permission spéciale pour découvrir le potentiel du jeune Ron. Étincelant, le miracle se produit et LeFlore signe un contrat avec les Detroit Tigers en 1973 ce qui lui permet d’obtenir une libération sur parole anticipée.

Après un passage éclair dans les ligues mineures où ses progrès éblouissent, LeFlore effectue ses débuts dans la MLB le 1er août 1974, un beau soir d’été dans le Wisconsin à Milwaukee face aux Brewers. Le lendemain alors qu’il est premier batteur, il frappe son premier coups sûr et réalise deux vols de base, son plus grand point fort qui lui permet de marquer un point. Avec des débuts convaincants, il va même passer un cap supplémentaire à partir de 1976 puisqu’il deviendra All-Star grâce à une progression au bâton éclatante (.316 de moyenne) en frappant 172 coups sûrs et volant 58 bases. En 1977, il affichera même une moyenne de .325, sa plus haute en carrière. Les saisons 1978 et 1979 seront de qualité avec une pointe à 68 bases volées sur une saison en 1978, record de l’année en American League. Pourtant, face à la crainte des Tigers de perdre LeFlore sans contre-partie alors qu’il allait devenir joueur autonome, ceux-ci décident de le transférer au Québec, aux Expos de Montréal contre le lanceur de relève Dan Schatzeder.

Ron LeFlore en champs en 1977

Une légende au-delà du Michigan

Si son histoire avec les Detroit Tigers est terminée, il continue de briller avec une pointe de 97 buts volés, leader de la National League cette fois! Mais après une année seulement LeFlore fait de nouveau ses valises alors qu’il est agent libre. Il signe alors chez les Chicago White Sox (un rival historique des Tigers) pour deux saison où ses statistiques déclinent progressivement malgré des performances honnêtes en matière de vols de base (38 puis 26 buts).

L’histoire de Ron LeFlore aurait pu finir comme ça, en « happy ending », sauf que les enfants de Detroit et de ses quartiers précaires ne croient pas tellement au rêve Américain. En 1988, alors qu’il est devenu bagagiste dans une compagnie aérienne, il découvre une publicité pour devenir arbitre de baseball. Après avoir suivi les cours il échoue dans cette carrière. S’en suivent des passages dans des ligues Seniors de Baseball puis des premiers déboires judiciaires suite à des pensions alimentaires non-payées. Arrêté par deux fois, dont une fois au Tiger Stadium en 1999 (la police a tout de même eu le tact de l’arrêté après l’événement du dernier match dans ce stade), Ron LeFlore sera libéré rapidement et ne repassera pas par la case prison. Manager et coach de petites équipes depuis les années 2000, un nouveau drame viendra le toucher en 2011: l’amputation de sa jambe droite suite à des complications de santé.

One in a Million: The Ron LeFlore Storysorti en 1977

Aujourd’hui Ron LeFlore, d’après de nombreuses sources, vit en Floride et porte une prothèse à la jambe. S’il habite aux antipodes du Michigan, il reste un enfant de Detroit à la carrière extraordinaire à tout point de vue. Combien de joueurs de MLB ont un film qui porte sur leur vie? Peu et Ron en fait partie avec One in a Million: The Ron LeFlore Storysorti en 1977 alors qu’il était encore un fantastique joueur. Car si LeFlore c’est d’abord une histoire incroyable et dramatique, il serait réducteur de minimiser le talent et l’apport au baseball de ce joueur. .288 de moyenne au bâton en carrière, 455 bases volées, 353 points marqués, 1283 coups sûrs.

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