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La longue histoire de la NBA nous a montrés tout type de scénario : des séries expéditives, d’autres beaucoup plus âpres et serrées. Une finale méconnue existe dans l’histoire des Pistons, avec une finalité particulière et pour le moins incongrue. Laissez-vous emporter dans notre DeLorean et explorons l’année 1955, direction Fort-Wayne dans l’Indiana.

La saison 1954-55 : la préhistoire de la NBA.

Bienvenue dans la saison 1954-1955 de la toute récente NBA. Cela ne fait que 5 ans d’existence pour la jeune ligue de basketball, ne comptant encore que neuf équipes. Ce nombre va d’ailleurs passer à 8 avec la dissolution de la franchise des Baltimore Bullets, après 11 matchs.

À l’époque, Les trophées individuels n’existent tout simplement pas (le premier étant celui du MVP qui ne sera décerné que l’année suivante). Il faut parler de divisions et non de conférences et ces dernières ne sont composées que de 4 équipes chacune. Autant vous dire que l’accession au playoffs reste bien moins compliquée qu’aujourd’hui. Une petite dédicace aux Rochester Royals (actuels Sacramento Kings) qui se qualifiaient en playoffs avec un bilan de… 29-43.

Logo des Fort Wayne Pistons

Revenons à nos affaires. Les Fort-Wayne Pistons font une saison splendide dans la division Ouest avec un bilan plutôt flatteur : 43 victoires pour 29 défaites, soit un pourcentage de 59.1% de victoire, la cinquième attaque de la ligue avec 92.2 points par match et la deuxième défense de la ligue avec 90pts encaissés par match. Seulement 72 matchs ? Oui, c’est le nombre maximum de matchs durant la saison régulière, le format à 82 matchs n’étant effectif qu’à partir de la saison 1967-1968.

Mené par un Larry Foust (17 pts – 10 rbds – 1.7 pds à 48.7% au tir et 76.6% aux lancers francs) et un George Yardley sophomore (17.3 pts – 9.9 rbds – 2.2 pds à 41.8% au tir et 74.5% aux lancers francs) all-star, ils arrivent sans problème à se qualifier pour les playoffs (sans pour autant que cela soit compliqué vu la configuration de la ligue). Ils ont pourtant un adversaire de taille dans la division adverse.

En effet, les Syracuse Nationals de George King (actuels Philadelphia 76ers) ont le même bilan que les Pistons, font partie des favoris pour le titre et détiennent certes la sixième attaque de la ligue avec 91.1 pts par match, mais surtout la première défense du pays avec 89.7 pts encaissés par match.

Des Playoffs d’un autre temps

Les playoffs prennent place, mais avant d’avancer, un petit point sur le système des playoffs de l’époque : les équipes arrivant premières de conférence accèdent directement en finale de conférence. Les deux autres équipes qualifiées pour chaque conférence s’affrontent quant à elles dans les demi-finales de conférence. Vous l’aurez compris, il n’y a pas de 1er tour !

La demi-finale se joue au meilleur des 3 matchs, la finale de conférence se joue au meilleur des 5 matchs et les NBA Finals au meilleur des 7 matchs.Vous arrivez à suivre ? Bien, on continue. Les Pistons vont donc patienter avant de retrouver les Minneapolis Lakers qui viennent de se défaire des Rochester Royals 2-1 durant la demi-finale de conférence. Une rivalité qui continuera dans les décennies à venir entre ces deux franchises. La finale de conférence se joue alors entre les Pistons et les Lakers.

Sans trop de problèmes, Fort-Wayne défait Minneapolis 3-1, dont deux matchs (le game 2 et 3) qui finissent en overtime et arrive en finale pour la première fois de son histoire. Foust et Yardley font un travail monstre (15.5 pts et 16 pts de moyenne par match) mais c’est surtout Mel Hutchins qui vient compléter la paire avec 15.3 pts par match durant cette série. Des statistiques très limitées, me direz-vous. Sachant que les matchs dépassaient rarement les 100 points, vous avez plus d’1/3 des points engrangés par ce trio. Plutôt pas mal donc pour l’époque.

En face, les Syracuse Nationals vont se défaire des Boston Celtics d’un Bob Cousy insuffisamment entouré pour parvenir à passer au dernier round. L’affiche est celle qui était pronostiquée par les bilans à la fin de la saison régulière. Les Pistons contre les Nationals, deux équipes n’ayant jamais remporté de titre dont une qui accède à sa troisième tentative et le moins que l’on puisse dire, c’est que la série fut… tendue.

Syracuse comme dernier adversaire

Tous les matchs de la série se jouent à quelques points. Le plus grand écart de points durant celle-ci est de 7 points seulement. C’est une série qui rentre donc dans le schéma suivant : oeil pour oeil, dent pour dent. Ce sont tout d’abord les Nationals qui vont mener la série 2-0 avec un superbe 4e quart-temps lors du match 2 de la part de Syracuse pour garder le contrôle sur le début de la série (24 à 19 alors qu’ils étaient menés 65 à 63 à la fin du 3e QT). La physionomie est d’ailleurs différente entre les deux équipes : Syracuse joue très collectif avec une répartition des points plus ample que celle des Pistons.

Larry Foust avec le maillot de Ft. Wayne

Pourtant, Fort-Wayne ne capitule pas et va remonter à égalité avec les Nationals durant les deux matchs suivants. À noter un bien meilleur collectif de la part des Pistons avec d’ailleurs 7 joueurs à au moins 10 points durant le match 4 (remporté 109 à 102). Mel Hutchins sort d’ailleurs une nouvelle fois au meilleur des moments (20 pts de moyenne sur les deux matchs) alors que Yardley semble avoir plus de mal (10 pts de moyenne). Larry Foust quant à lui est dans la continuité de sa saison régulière (16 pts de moyenne).

Le match 5 est d’ailleurs remporté par les Pistons avec un trio Foust-Yardley-Hutchins (41 points à eux trois), mettant plus de la moitié des points de l’équipe (match gagné 74 à 71). Il ne reste plus qu’un match donc pour peut-être célébrer le premier titre de l’histoire des Pistons. Toutefois, c’est bien Syracuse qui remporte la mise 109 à 104 après un deuxième et troisième quart-temps catastrophique de la part de Fort-Wayne (59 à 47 pour Syracuse sur les deux QT). Foust passe à côté de son match (11 pts à 36.3% au tir) malgré un Yardley en feu (31 pts) et un Frankie Brian très honnête (24 pts). Hutchins quant à lui réalise l’une de ses pires prestations avec un 1/12 au tir.

Le Game 7 au bout du suspense

Il y a donc un septième match à l’extérieur pour les Pistons. Match qui va d’ailleurs rester dans les annales… et pas pour les bonnes raisons. Le match est étouffant. Alors que les Pistons dominent le premier acte (53 à 47), Syracuse revient dans le troisième quart-temps. Score à la fin de celui-ci 74-74. Twitter n’existant certainement pas à cette époque, imaginez juste la tension dans la salle à Syracuse, où 6700 personnes sont présentes. La défense est de mise entre les deux équipes. Les deux meilleures défenses du pays s’affrontent et ce quatrième quart-temps en est le symbole ultime. Le thriller va d’ailleurs durer jusqu’au bout entre les deux équipes adverses.

À une minute de la fin, les deux équipes sont à égalité. 91-91, 59 secondes à jouer après un lancer-franc réussi de George Yardley. La balle est pour Syracuse, c’est Earl Lloyd qui a la main chaude et qui la donne à George King, leader de Syracuse. Il shoot à la fin du temps réglementaire, après une défense acharnée. Raté. Le rebond est pour le guard Andy Philipp, il ne reste plus que 36 secondes à jouer. Il décide de la garder longtemps, très longtemps. Il finit par enclencher un mouvement de balle avec Yardley qui la lui repasse. Il tente ensuite de la passer à Foust, qui lui la donne à Yardley dans la raquette. Coup de sifflet des arbitres, marché.

Oui, Syracuse récupère la balle et aura la dernière possession du temps réglementaire. Temps-mort demandé par les Nationals, la tension est à son comble. À la sortie de celui-ci, les secondes défilent et là, nouveau coup de sifflet, faute terrible de Frankie Brian à 12 secondes de la fin. 1 lancer à venir pour George King, il se place et shoot. Dedans. Money. Le terme que vous voulez. 92-91 Syracuse, les Nationals sont à 12 secondes de leur premier titre. Quelle erreur de la part du guard des Pistons. Pourtant, il reste une possession et assez de temps pour la concrétiser. Balle Pistons. La possession est très bien défendue par George King notamment qui intercepte et vole le ballon des mains de Philipp. Terminé.

Syracuse remporte donc son premier titre, laissant les Pistons au bord du quai. Toutefois, ces 20
secondes vont être l’objet de beaucoup de suspicion, tout d’abord de la part de certains joueurs de
Fort-Wayne, mais aussi de certains médias.

La controverse

Plusieurs questions vont être soulevées par l’auteur et ancien coach de basketball Charles Rosen, dans son ouvrage The Wizards of Odds : How Jack Molinas Almost Destroyed The Game of Basketball, publié en 2001. Il va tout simplement accuser certains joueurs de Fort-Wayne d’avoir fixé l’issu du match 7 avec des accusations de paris truqués. C’est d’ailleurs George Yardley qui va donner son témoignage, en pointant du doigt son coéquipier Andy Philipp, ayant eu un comportement bizarre sur les dernières possessions de Fort-Wayne.

Cela se serait d’ailleurs passé bien avant les NBA finals, notamment autour de matchs des saisons 1953-54 et 1954-55. C’est d’ailleurs toute la controverse autour du joueur Jack Molinas, joueur drafté par les Fort-Wayne Pistons. Addict aux paris, il va prendre part, parfois-lui-même, à des paris sur des matchs truqués. Tout un processus judiciaire va d’ailleurs s’enclencher avec une suspension en 1953 de Molinas. On parle d’ailleurs d’une suspension qui a « sauvé » la NBA, la ligue étant à ce moment gangrené par ce problème de trucage et de paris faits par certains joueurs, mais ceci est une autre histoire.

D’ailleurs, le président de la NBA, Nicolas Podoloff, avait eu des preuves autour de l’équipe de Fort-Wayne et de certains de ses joueurs pariant sur d’autres matchs de la NBA truqués. Ce fut aussi un véritable problème pour le propriétaire des Pistons, Fred Zollner. Un scandale de forte ampleur autour du trucage des matchs donnerait un coup fatal à la NBA, qui tente à ce moment de s’élever en égale de la NFL (National Football League) ou de la MLB (Major League Baseball).

Que dire donc de ce game 7 ? Même si des allégations ont été conduites sur ce match, il n’y a eu aucune suite. Nous sommes encore loin du scandale du game 6 de 2002 en finale de conférence entre les Lakers et les Kings. Toutefois, toute cette histoire donne un certain cachet à cette finale épique. Entre théorie du complot et véritable problème empoisonnant la NBA, il n’y a qu’un pas.

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