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Si aujourd’hui un match opposant les joueurs du Michigan à ceux de l’Illinois prend des airs de sympathique derby entre une équipe en reconstruction et une équipe prête à imploser, le contentieux est lourd entre les 2 franchises depuis plusieurs décennies. Le match du mois prochain à Paris est l’occasion parfaite de faire un focus sur ces relations orageuses.

Distantes seulement de 450 kilomètres, les deux villes du Midwest n’ont pas suivi les mêmes trajectoires dans le seconde partie du 20e siècle. Si Chicago s’est permise d’accéder au rang de métropole et de gagner en renommée, la ville de Detroit encaisse de plein fouet le choc de la désindustrialisation massive avec son cortège de malheurs économiques et sociaux. Néanmoins, la proximité géographique des deux agglomérations permet de conserver une concurrence sportive dans les sports majeurs US : Lions Vs Bears (NFL), Tigers Vs White Sox (MLB), Red Wings Vs Blackhawks (NHL).

La rivalité la plus exacerbée, celle qui est devenue légende, concerne les franchises de la NBA, les Pistons de Detroit et les Bulls de Chicago. 35 ans après le vrai début de cette rivalité, les tensions perdurent entre les principaux acteurs mais également entre les fanbases de ces franchises. La diffusion du récent documentaire « The last dance » sur Netflix permet de constater que les plaies sont toujours béantes et les ressentiments présents dans les deux parties.

Avant que n’entre en scène au cours des années 80 une des plus grandes rivalités de l’histoire du sport, les Pistons et les Bulls n’avaient eu l’occasion de se frotter en playoffs qu’à une seule occasion. Emmenés par les futurs Hall of famers Bob Lanier et Dave Bing, les Pistons ferraillent durant une série de sept rencontres contre les Bulls de Chet Walker. Les deux équipes, qui appartiennent à la conférence ouest à l’époque, se rendent coup pour coup et quatre rencontres de la série se terminent par un écart de cinq points ou moins. Chicago se révèle être le plus coriace et s’envole pour la finale de conférence où ils seront sweepés par les Bucks de Kareem Abdul-Jabbar et d’Oscar Robertson. Durant la suite des seventies, les deux franchises vont progressivement végéter sans gloire dans les bas fonds de la ligue jusqu’au début des eighties.

A partir de la draft d’ Isiah Thomas en 1981 et grâce à de moves judicieux du GM Jack Mc Closkey, les Pistons entament les années 80 avec des ambitions retrouvées. La star des playgrounds de Chicago, Thomas, réalise des prouesses au scoring et à la passe pour remettre les Pistons sur la carte de la NBA.

La trajectoire ascendante de la franchise du Michigan va se heurter à partir de 1984 à son nouveau rival de la Central division emmenés par leur rookie star Michael Jordan. Au delà des performance de ces deux franchises, une guerre d’egos démesurés entre le Chicagoan de naissance et le nouveau chouchou de l’Illinois va entraîner la naissance d’une incroyable rivalité. Persuadé qu’Isiah Thomas a fomenté un complot contre lui lors du All Star Game 1985 pour le priver de ballons, le joueur pas encore nommé « His Airness » va se faire un plaisir de cocher dans son calendrier tous les matches contre son rival du Michigan.

De son coté, Thomas, qui fut au temps de son lycée la star incontesté des playgrounds de Chicago, encaisse très mal que Jordan soit devenu la superstar de la ville de l’Illinois en dépassant sa propre popularité locale. A chaque fois qu’il le peut, il tente de briller contre les Bulls et de rabaisser ce jeune prétendant arrogant. Interrogé dernièrement sur le sujet, Isiah n’a pas bougé d’un iota : « Jordan n’était pas vraiment un rival. Pour moi c’était Bird et Magic car j’essayais de battre les Celtics et les Lakers ».

Le paroxysme de cette inimitié sera atteinte quand Jordan menace de ne pas intégrer la Dream Team des JO 1992 si Isiah fait partie de l’équipe. Jordan se défendra maladroitement de cet épisode en indiquant : « Si vous voulez me faire porter le chapeau de sa non-sélection, allez y mais çà ne venait pas de moi. La Dream Team était basée sur une ambiance de camaraderie et vivait en harmonie. Est-ce que l’ambiance aurait été différente avec Isiah ? oui « . Pour Zeke , la réalité est tout autre : « J’ai l’impression qu’une seule personne avait un problème avec moi et cette personne était Jordan ! »

A partir de l’année 1988, la rivalité franchit un nouveau stade entre ces deux prétendants pour conquérir la couronne du champion de la conférence Est en lieu et place de Celtics vieillissants. Durant 4 saisons consécutives lors des playoffs , les Pistons et Bulls vont s’affronter lors de séries homériques qui sont rentrées dans l’histoire de la NBA en multipliant les exploits sportifs et les coups bas sur le terrain.

A partir de cette demi finale de conférence des playoffs 1988 et un match dans lequel Jordan leur passe 59 points, les Pistons vont mettre en place sous l’égide leur coach Chuck Daly ce qui sera appelé les « Jordan Rules » , toute une panoplie de schémas défensifs pour empêcher His Airness de marquer trop facilement. Changement permanent de défenseurs, prise à deux ou trois, interdiction de laisser un panier facile avec faute systématique , tout est bon pour stopper les joueurs des Bulls et surtout leur franchise player.

Dans une ligue où le jeu physique est généralisé, les Pistons passent maîtres en la matière et le public du Chicago Stadium voue une véritable haine contre ces « Bad Boys » qui empêchent leur équipe de gagner. Laimbeer, Mahorn, Edwards et Salley martyrisent les intérieurs des Bulls tandis que Thomas , Dumars et Rodman défendent les extérieurs adverses. Les Pistons explosent les Bulls quatre victoires à une avant de perdre sur une faute imaginaire au 7e match des NBA Finals contre les Lakers de Magic, Worthy et Jabbar.

Tel des stars de catch, les joueurs de Detroit endossent avec plaisir le costume des « méchants » hais par tout un pays contre le « gentil » Michael Jordan, enfant chéri des USA avec son aura et ses campagnes de publicité nationales.

Basketball: NBA Playoffs: Detroit Pistons Bill Laimbeer (40) during fight vs Chicago Bulls Will Perdue (32) at Chicago Stadium. Game 2. Laimbeer wearing face mask. Chicago, IL 5/21/1991 CREDIT: Manny Millan (Photo by Manny Millan /Sports Illustrated/Getty Images) (Set Number: X41455 )

La finale de Conférence 1989 confirme la domination des joueurs du Michigan contre leurs grands rivaux. Michael a beau se démener contre les rugueux défenseurs des Pistons pour mener 2 victoires à une, les joueurs du Michigan remportent la série quatre victoires à deux sur le chemin de leur premier sacre contre les Lakers.

Chaque rencontre même en saison régulière devient une lutte sans répit entre les deux équipes pleines d’orgueil et de fierté. L’Amérique s’enflamme pour ce duel de titans et les deux fanbases se déchaînent lors des matchs au Chicago Stadium et au Palace de Detroit. Tout semble opposer les deux équipes entre le talentueux Jordan et ses fragiles Jordanaires (équipiers) contre les besogneux et violents Pistons dont l’arrogance insupporte tant. Les mots d’oiseaux et insultes sont fréquents entre les équipes sur et en dehors du terrain.

Les Bulls , avec l’émergence de Pippen et Horace Grant , gagnent en confiance et sous la direction de leur nouveau coach Phil Jackson, ils parviennent à pousser les tenants du titre au septième match des finales de conférence 1990. Les Pistons finissent par l’emporter et réaliser le back to back contre Portland mais leurs rivaux sont désormais persuadés de pouvoir mettre un terme prochainement au règne des coéquipiers de Thomas.

Chicago et Detroit se retrouvent en playoffs pour la quatrième année consécutive lors des finales de conférence Est 1991. Face à des Pistons dépassés et un peu vieillissants les Bulls finissent par sweeper leurs grands rivaux ce qui va donner lieu à un autre épisode marquant de cette rivalité. L’imaginaire collectif va retenir les dernières secondes du game 4 où Isiah Thomas et une grande partie de l’équipe va rejoindre les vestiaires avant la fin du match pour éviter de serrer la main à leurs adversaires. 24 heures plus tôt , Jordan avait déclaré en conférence de presse « Tu dois toujours respecter les champions mais je n’ai jamais aimé leurs méthodes. Je pense que le public est ravi que le Basketball redevienne un jeu propre (avec la victoire des Bulls) et s’éloigne de l’image donnée par les Bad Boys ».

Selon John Salley , les Pistons n’ont fait que reproduire ce que les Celtics leur avaient faits lors de leur défaite de 1988 qui marquait la fin de leur dynastie :  » Bill Laimbeer nous a dit alors : passons leur le relais comme il nous a été passé ».

Cette sortie prématurée passe mal aux yeux des observateurs et des chicagoans, les joueurs des Bulls s’emportent en conférence de presse en considérant ce geste comme un manque de fair-play et de l’irrespect de la part des « vilains » Bad boys . Dans « The last dance« , Horace Grant, 30 ans plus tard, qualifiera les Pistons de « petites putes » tandis que Jordan conclura avec classe : « Vous pouvez me dire ce que vous voulez mais rien ne m’empèchera jamais de penser qu’Isiah Thomas est un trou du c… »

Les saisons suivantes, Detroit poursuit son déclin rapide alors que les Bulls enchaînent six titres en huit ans mais Jordan ne se prive jamais d’une occasion de briller face à ses anciens rivaux. Sa motivation pour performer contre la franchise de Detroit reste intacte même lorsque la franchise du Michigan s’éloigne de son passé en étant portée dorénavant par Grant Hill « Mister nice guy ».

Par la suite de nombreux joueurs (Rodman, Salley, Edwards, Ben Wallace, Ben Gordon)s ont passés par les deux franchises et le niveau de tension a considérablement baissé entre les deux équipes.

Hormis une série de playoffs en 2006 remportée facilement par les Pistons contre les Bulls du transfuge Big Ben Wallace, les deux franchises du Midwest n’ont pas eu l’occasion de briller en même temps dans la ligue ni de s’affronter en postseason.

La rivalité entre les deux équipes actuelles est inexistante mais la haine entre les acteurs de l’époque et une certaine partie des fans subsistent comme l’a démontré récemment la diffusion du documentaire produit par et pour Michael Jordan.

Cette rivalité ne demande qu’à renaître pour le plus grand bonheur des fans et puisse la présence probable de certains grands anciens court-side lors du match du 19 janvier prochain à Paris raviver les braises de ce légendaire antagonisme sportif.

Crédit image : Andrew D. Bernstein

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