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Presque trente ans après son départ des Pistons, l’enfant des ghettos de Chicago West side devenu star du basket et icone de Motorcity conserve une place à part dans la ville de Detroit.

Isiah Thomas n’a rien oublié des heures sombres de sa jeunesse. Il n’a jamais oublié comment, après le départ de son père quand Isiah avait trois ans, sa mère a du se battre pour réussir à élever ses neuf enfants dans la pauvreté et les dangers de Chicago West Side. Il n’a pas oublié la faim et le froid quand certains soirs, il n’y avait rien à manger pour la famille malgré les efforts de Mme Thomas. Il garde toujours en tête que par manque de lits dans le logement, certains des enfants devaient dormir à même le sol.

Il n’a pas oublié les guerres de gangs et les dealers qui transformaient son quartier en champ de bataille et sa mère, le pistolet au poing, le protégeant de la racaille. Mary Thomas milite également de façon très active pour l’égalité des droits civiques dans ses années 60. Ainsi, elle n’hésite pas à emmener avec elle tous ses enfants pour participer aux manifestations aux cotés de Martin Luther King. « C’est comme cela que j’ai grandi » confie Isiah « moi et ma famille avons participé à la lutte pour la liberté, la citoyenneté et l’égalité des droits depuis ma naissance. »

Devenu star des playgrounds locaux puis vedette de l’université d’Indiana, Isiah n’a rien oublié de son enfance quand les Pistons le sélectionnent à la draft 1981. Dans le Michigan, Isiah débarque dans une ville touchée de plein fouet par la récession économique et la criminalité galopante. Il va rapidement profiter de sa popularité grandissante grâce à son talent de basketteur pour s’investir dans la communauté. « Will Robinson (mythique coach d’Illinois State et scout pour les Pistons) est devenu mon mentor et quand j’ai été drafté par les Pistons il m’a dit que Detroit allait devenir ma maison que la ville et ses habitants allaient m’adorer et que je les adorerai aussi ».

Le numéro onze commence donc à faire des étincelles sur les parquets de Detroit. Son talent, sa ténacité et son audace vont lui permettre immédiatement de se faire adopter par les fans des Pistons au début des années 80. Grace à ses performances et son éternel sourire aux lèvres, Zeke, comme on le surnomme, devient la coqueluche de ce Detroit qui se reconnait dans ce jeune homme courageux.

Taille modeste pour le basket, enfance difficile, pauvreté ,Isiah surmonte tous les obstacles et les habitants de Detroit s’enflamment pour cette personnalité à laquelle il est facile de s’identifier. Principalement afro-américaine et de condition modeste, la population de Motorcity ne peut qu’aimer ce petit gars de Chicago qui lui sert d’exemple et de modèle.

Au fil des années, en plus des actions mises en place par la NBA, Thomas oeuvre pour la population du Michigan grâce notamment à ses liens de plus en plus étroits avec les politiques locaux. Horrifié par la criminalité qui ne cesse d’augmenter, il prend son téléphone un soir de 1986 et propose au maire de l’époque Coleman Young d’organiser un « No crime day » dans la ville de Detroit.« A cette époque le taux de criminalité avait atteint des sommets . Beaucoup de ce qu’on pensait sur Detroit provenait, à mon sens, du fait que c’était une ville « noire »avec tous les stéréotypes que l’on combat sur ce sujet aux Etats unis. Avec mon statut dans la ville, il était de ma responsabilité et de mon devoir d’essayer d’aider la communauté à se relever. Alors nous avons eu le monde politique, le monde des affaires et la communauté, tous réunis pour marcher ensemble sur Woodward Avenue pour montrer que nous pouvions etre autre choses que les stéréotypes négatifs et a priori dont on nous affublait alors ».

Au delà de ces actions très médiatiques, Isiah prend son bâton de pèlerin pour aller directement au contact des jeunes en difficultés. Il va rencontrer en personne les dealers en leur demandant de cesser leur business pendant au moins une journée. « Avoir une conversation avec les personnes qui vendent de la drogue , d’après ma propre expérience c’est la seule façon qu’ils ont trouvé pour survivre, mais je voulais qu’ils sachent également qu’ils tuaient et faisaient du mal à la communauté ».

Zeke est également un grand philanthrope qui n’hésite pas à mettre la main à la poche pour financer des associations locales dans le Michigan. Durant sa carrière, il finance les études supérieures de plus de soixante quinze jeunes défavorisés pour leur permettre de s’élever socialement par l’éducation.

A partir de 1986, la transformation du style de jeu des Pistons d’un équipe ultra offensive en « Bad Boys » emporte l’adhésion de la population du Michigan qui se reconnait parfaitement dans cette équipe de « cols bleus » tenaces et durs au mal. Isiah Thomas acquiert donc le statut d’icone dans le Michigan grâce au back to back réalisé en 1989 et 1990 au nez et à la barbe de plus glamours LA Lakers et Chicago Bulls.

Detroit lui appartient désormais pour toujours.

Depuis son départ de la franchise en 1994, Isiah continue de rayonner sur la ville de Detroit. Sa carrière post Pistons est émaillée de semi-succès et d’échecs sportifs notamment à New York mais ses talents de businessman le propulse aux manettes d’entreprises florissantes avec lesquelles il poursuit son oeuvre sociale dans tous le pays à travers sa fondation Mary’s Court. Ses prises de parole contre le racisme et au moment de « Black Life Matters » trouvent toujours un écho particulier dans la communauté afro-américaine. A chacun de ses passages dans le Michigan, les habitants de Detroit lui réservent toujours un chaleureux accueil, dans les rues de la ville comme dans la Little Caesar Arena.

Ses liens très étroits avec Jalen Rose le poussent encore à sponsoriser des œuvres sociales à Detroit et notamment la « Jalen Rose leadership Academy » pour des montants avoisinant les 100 000 dollars. « A chaque fois que je retourne à Chicago ou à Detroit je reviens à la maison. J’agis beaucoup pour la communauté ici. Je reviens régulièrement et je retourne à la base, dans les rues, j’essaie de rester fidèle à moi-même en tentant d’inspirer la jeunesse de ces deux villes qui ont tant souffert ».

Isiah Thomas n’est pas un saint, il n’a jamais été irréprochable sur les parquets ou en dehors, mais pour les habitants de Detroit il restera pour toujours un Bad Boy au grand cœur.

 « En tant que personne et être humain, si la seule chose pour laquelle on se souviendra de moi c’est jouer un stupide match de basket, alors je n’aurai pas réussi ma vie » .

Isiah Thomas n’a rien oublié.

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